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Liban : Hariri va tenter de concilier les extrêmes

"L'opinion dominante, c'est que le Hezbollah et l'Iran sont les grands gagnants," confie le chef de la faculté des sciences politiques de l'Université américaine de Beyrouth

Saad Hariri, le 14 février 2013. (Crédit : capture d'écran Youtube/mtvlebanon)
Saad Hariri, le 14 février 2013. (Crédit : capture d'écran Youtube/mtvlebanon)

Saad Hariri, principale personnalité sunnite libanaise, est redevenu jeudi Premier ministre après une éclipse de cinq ans, mais le plus dur reste à faire: former un gouvernement regroupant des courants politiques opposés.

« A la suite des consultations parlementaires (…), le président Michel Aoun a convoqué jeudi Saad Hariri pour le charger de former le gouvernement », a annoncé Antoine Choukeir, chef de cabinet de la présidence.

Mais ce ne sera pas chose facile. La crise syrienne divise profondément la scène politique libanaise et M. Hariri, ennemi du président Bachar al-Assad, devra composer avec son adversaire de toujours, le mouvement terroriste chiite du Hezbollah, dont les troupes combattent aux côtés des forces du régime dans le pays voisin.

Signe des difficulté qui l’attendent : lors des consultations menées par M. Aoun, tous les groupes parlementaires ont plébiscité Saad Hariri, à l’exception de ceux directement liés à Damas, dont le Hezbollah.

Agé de 46 ans, le fils du milliardaire et Premier ministre Rafic Hariri – assassiné en 2005 – prend son poste en position de faiblesse et devra user de toute son énergie pour asseoir son autorité, estiment les analystes.

« Hariri est dans une position très difficile avec les difficultés économiques qu’il rencontre et sa baisse de popularité (…) Il sera contraint de faire des concessions pour préserver ses intérêts », estime Hilal Khashan, chef de la faculté des sciences politiques de l’Université américaine de Beyrouth.

« L’opinion dominante, c’est que le Hezbollah et l’Iran sont les grands gagnants. L’Iran est le plus fort et l’Arabie saoudite est totalement absente », ajoute-t-il à l’AFP.

Prééminence contestée

Le géant de la construction Oger, fondé par Rafic Hariri, est aujourd’hui en pleine déconfiture et criblé de dettes, et son groupe de presse au Liban ne peut pas payer ses employés.

En outre, la prééminence de Saad Hariri est contestée au sein de la communauté sunnite par des radicaux, comme l’ex-ministre de la Justice Achraf Rifi qui critique sa « mollesse » vis-à-vis du Hezbollah.

Pour former son gouvernement, le nouveau Premier ministre va donc devoir concilier les extrêmes. « Je vais commencer mes consultations pour former un gouvernement d’unité nationale qui surmonte les divisions, basé sur un consensus de toutes les forces politiques », a-t-il déclaré après sa nomination.

Tâche difficile dans un pays où la formation d’un gouvernement prend souvent beaucoup de temps en raison des rivalités pour les portefeuilles.

« Il va y avoir des secousses sur la route menant à la formation d’un gouvernement, notamment quand il faudra écrire le discours de politique générale, qui devra refléter un minimum de consensus sur les questions d’intérêt national », assure Maha Yahya, analyste au Centre Carnegie pour le Moyen-Orient.

Ce discours « doit inclure le rôle du Hezbollah en Syrie, le financement du Tribunal international sur le Liban (TSL, chargé de juger les auteurs de l’attentat contre Rafic Hariri) où cinq membres figurent parmi les accusés, comment calmer la rhétorique anti-saoudienne du Hezbollah, et comment se positionnera Aoun », qui est un allié du mouvement chiite, relève-t-elle.

Tout ceci risque de retarder la formation du gouvernement. Mais le gouverneur de la Banque centrale s’est voulu optimiste lors d’une conférence économique qui se tient à Beyrouth.

« L’élection de Michel Aoun devrait conduire à ce que les institutions constitutionnelles retrouvent leur activité normale, et ceci va entraîner un regain de confiance dans l’économie », a déclaré Riad Salamé.

« La formation du gouvernement aidera à attirer l’aide étrangère et à réduire le coût de la présence syrienne au Liban, qui est estimé à 5 % du PNB. »

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