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L’Iran, l’instigateur et le bénéficiaire de l’escalade israélo-syrienne

Avec sa plus grande attaque depuis 1973, en réponse à des roquettes tirées du Golan, Israël envoie un message plus à Téhéran qu’à Damas

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Un grand feu de broussailles fait rage près de Kfar Szold sur le plateau du Golan en raison de quatre missiles tirés depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne le 20 août 2015 (Crédit photo: Basel Awidat / Flash90)
Un grand feu de broussailles fait rage près de Kfar Szold sur le plateau du Golan en raison de quatre missiles tirés depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne le 20 août 2015 (Crédit photo: Basel Awidat / Flash90)

L’attaque d’Israël en Syrie dans la nuit de jeudi était la plus importante dans le genre depuis la guerre de Yom Kippour en 1973.

Pas moins de 14 cibles ont été frappées par les avions israéliens, attaques dans lesquelles des soldats de l’armée syrienne, dont le vrai nombre n’est pas encore connu, ont été tués. Le régime syrien a reconnu la mort d’un seul soldat, mais le nombre est probablement plus élevé.

Les raids aériens sont intervenus en réponse aux attaques de roquettes dans le nord d’Israël jeudi après-midi, apparemment lancées par des combattants locaux sous la direction des Gardiens de la Révolution iraniens dans le plateau du Golan syrien.

Dans ce cas, selon le renseignement militaire, les combattants du Jihad islamique étaient palestiniens. C’est-à-dire : les Iraniens, observant de près l’activité anti-israélienne le long de la frontière syrienne, changent de temps en temps leurs « travailleurs ».

Parfois, ils peuvent être des hommes de l’organisation de Samir Kuntar, un terroriste druze libéré d’une prison israélienne en 2008 après avoir purgé 29 ans de prison, et une autre fois il peut s’agir de combattants du Jihad islamique, qui opèrent dans des camps de réfugiés autour de Damas mais ont apparemment été transportés vers le plateau du Golan, dans ce cas, pour irriter Israël de l’autre côté de la frontière.

Israël fait face au danger d’une violence hors de contrôle. Vendredi matin, l’armée a ciblé et a tué au moins cinq hommes qui, selon elle, étaient des membres de la cellule qui a tiré les roquettes jeudi. Les médias syriens ont affirmé qu’ils étaient des civils.

Ces incidents ne signifient pas nécessairement qu’une guerre se profile mais montre à quel point la situation est devenue fragile et dangereuse à la frontière nord. Une telle instabilité bénéficie à un acteur régional : l’Iran.

Pour Bashar el Assad, le président de la Syrie en titre et surtout une marionnette de Téhéran et du Hezbollah dans tous les aspects, ce n’est pas une bonne nouvelle.

Assad doit accepter le fait que les Iraniens peuvent faire ce qu’ils veulent sur son terrain. Il n’est plus le patron et ce qui n’appartient pas à l’Etat islamique dépend de la bonne volonté de l’Iran. Ce n’est pas seulement le problème d’Assad mais aussi celui d’Israël. L’Iran essaie effectivement d’attirer Israël vers une incursion terrestre profonde à l’intérieur du territoire syrien.

Tous les différents groupes islamistes combattant actuellement l’un contre l’autre se précipiteraient pour pointer leurs armes contre Israël si l’armée devait vraiment envahir la Syrie. On peut donc supposer que des attaques comme celle du tir de roquette contre les Israéliens jeudi ne vont pas bientôt diminuer. Elles pourraient s’arrêter si ou quand Assad sentira que sa main mise sur le plateau du Golan est si faible qu’il pourrait perdre le contrôle là-bas.

Israël était un des acteurs clefs pour arrêter l’offensive de l’opposition syrienne dans le plateau du Golan le printemps dernier. Lorsque des combattants du Front al-Nosra se rapprochaient d’Hader, une ville druze considérée comme le dernier bastion d’Assad dans le plateau du Golan syrien, les protestations par les Druzes en Israël ont poussé Israël à intervenir au nom de la communauté druze et l’assaut sur Hader a cessé.

Pour résumer : Israël a aidé à préserver le status quo dans le plateau du Golan qui permet maintenant à l’Iran d’agir contre les intérêts nationaux d’Israël. Mais à combien de salves de roquettes le status quo pourra-t-il survivre ?

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