Malka Leifer, pédophile en série présumée, sera libérée et assignée à résidence
Le tribunal de Jérusalem a accepté de retarder jusqu'à vendredi la libération d'une femme dont les avocats affirment qu'elle est mentalement inapte à l'extradition vers l'Australie

Un tribunal a ordonné mercredi qu’une Israélienne recherchée en Australie pour des délits en série présumés de pédophilie soit mise en liberté et assignée à résidence.
La décision du juge Ram Vinograd, du tribunal de district de Jérusalem, a été rendue une semaine après qu’un juge de la même cour eut mis en doute les preuves contre Malka Leifer et ordonné la convocation d’un tribunal psychiatrique pour déterminer si elle simulait une maladie mentale afin d’éviter son extradition.
À la demande des procureurs, Vinograd a accepté de reporter à vendredi la libération de Leifer et son assignation au domicile de sa sœur à Bnei Brak.
Leifer, 52 ans, fait face à 74 chefs d’accusation d’abus pédosexuels datant de l’époque où elle était directrice de l’école de filles Adass Israel, à Melbourne. L’Australie a demandé son extradition en 2014, mais le processus a été bloqué à plusieurs reprises, un psychiatre de district ayant modifié ses avis juridiques concernant l’aptitude mentale de Leifer, prétendument sous la pression du vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman.
« L’assignation à résidence est une précaution jusqu’à la fin de la procédure. En fin de compte, Mme Leifer retournera chez elle et recevra les soins qu’elle est en droit d’attendre comme toute femme malade. Nous espérons que l’accusation n’interjettera pas appel », a déclaré Yehuda Fried, l’avocat de Leifer, en réponse à cette décision, selon le radiodiffuseur public Kan.
Kol V’oz, une organisation qui lutte contre la maltraitance des enfants dans les communautés juives du monde entier, a condamné cette décision comme « une parodie absolue » et a déclaré qu’elle faisait « honte » à Israël.
« Malka Leifer va maintenant être confiée aux soins de sa sœur à une adresse située à environ 500 mètres de deux écoles et de six synagogues », a déclaré l’association dans un communiqué.
« Si Leifer est vraiment malade, elle devrait être détenue dans un centre médical ou une prison où elle pourra être soignée jusqu’à ce que son extradition en Australie soit approuvée. »
Dassi Erlich, l’un des accusateurs de Leifer, a déclaré qu’elle était « ébranlée » par ce jugement, qu’elle a décrit comme une « trahison massive de la justice ».
« Étant donné que nous sommes tous conscients que Leifer représente un risque de fuite ainsi qu’un potentiel de récidive, ce mépris flagrant pour le bien-être de la communauté israélienne est incroyable », a-t-elle déclaré, citée par Kol V’Oz.
La semaine dernière, la juge Chana Lomp devait décider si Leifer était mentalement apte pour une procédure d’extradition. Elle a toutefois déterminé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour en arriver à une conclusion de son côté, étant donné les avis juridiques contradictoires soumis sur la question de savoir si Leifer feignait de souffrir d’une maladie mentale.
Elle a ordonné qu’un groupe de trois psychiatres de district se réunisse le 10 décembre pour formuler une recommandation. Une audience supplémentaire est prévue pour le 6 octobre afin de déterminer la composition du conseil médical après que le juge a décidé d’entendre la demande de la défense d’inclure des psychiatres privés plutôt que des fonctionnaires dans le comité.
Le juge Vinograd a présidé à plusieurs reprises les audiences sur la libération sous caution de Leifer, dont les avocats ont demandé sa libération, la procédure d’extradition contre elle ayant été suspendue. En février dernier, il lui a refusé sa libération sous caution, affirmant qu’il avait besoin d’un avis psychiatrique supplémentaire pour ce faire – une demande à laquelle la défense et l’accusation se sont opposées. Un an plus tôt, Vinograd avait ordonné la mise en résidence surveillée de Leifer après qu’un rabbin connu pour son travail avec les Israéliens défavorisés, le rabbin Yitzchak Dovid Grossman, se soit porté garant d’elle. Cependant, la Cour suprême a infirmé la décision et elle est restée derrière les barreaux depuis.
Leifer a été recrutée depuis Israël pour travailler à l’école de filles ultra-orthodoxes Adass Israel à Melbourne en 2000. Quand des allégations d’abus sexuel contre elle ont fait surface huit ans plus tard, des membres du conseil scolaire ont acheté à la mère de huit enfants un billet d’avion pour Israël, lui permettant d’éviter d’être inculpée.
Après que les autorités de Melbourne eurent porté plainte contre elle, l’Australie a officiellement déposé une demande d’extradition en 2012. Deux ans plus tard, Leifer a été arrêtée en Israël, mais a été assignée à résidence peu de temps après.
Les juges l’ont jugée mentalement inapte à subir son procès et ont finalement levé toutes les restrictions à son encontre, concluant qu’elle était trop malade pour même quitter son lit.
Elle a été arrêtée de nouveau en février 2018 à la suite d’une opération d’infiltration policière qui a jeté le doute sur ses affirmations concernant son état mental, et elle se trouve depuis en détention. L’opération a été lancée après que l’organisation Jewish Community Watch eut engagé des enquêteurs privés qui avaient placé des caméras cachées à Emmanuel, une implantation Haredi du nord de la Cisjordanie où Leifer habitait, qui montrait la présumée délinquante sexuelle se promenant dans la ville, sans aucune difficulté apparente.
Trois psychiatres du district de Jérusalem ont déterminé dans des avis juridiques soumis au tribunal que Leifer simulait une maladie mentale, mais le psychiatre en chef du district, le Dr Jacob Charnes, a changé sa décision à trois reprises et a récemment recommandé qu’un nouveau comité psychiatrique soit constitué pour prendre une décision actualisée.
Bien que les volte-face de Charnes en aient déconcerté plus d’un, une des raisons les expliquant est peut-être apparue lorsque la police a commencé son enquête en avril pour savoir si Litzman, le vice-ministre de la Santé, avait fait pression sur lui pour pour qu’il modifie sa décision médicale afin que Leifer soit jugée inapte à l’extradition.
En juillet, la police a recommandé d’inculper Litzman pour fraude et abus de confiance. Charnes a été entendu dans cette affaire, mais les autorités n’ont pas recommandé qu’il soit également inculpé.
Dans la mesure où le vice-ministre n’a pas encore été inculpé, les développements concernant Charnes et Litzman sont irrecevables dans le procès Leifer.
Jacob Magid a contribué à cet article.
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