Analyse

Message des dirigeants arabes à Trump : la Palestine d’abord

Le sommet de la Ligue arabe s'est conclu avec un message clair : donner la priorité à la création d'un Etat palestinien

Le roi de Jordanie Abdallah II, à droite, et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à l'aéroport international Reine Alia à Amman, en Jordanie, le 28 mars 2017. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Le sommet arabe qui est organisé tous les ans à la fin du mois de mars ne fait généralement pas les Unes des journaux. C’est l’un des événements ennuyeux, même pour les dirigeants vieillissants et impopulaires qui y participent, dont certains se sont même endormis à la table des discussions.

Le sommet de cette semaine en Jordanie, en revanche, a réussi, en plus de faire les gros titres, à créer une tendance tout du moins significative qui pourrait avoir des implications pour Israël.

La question palestinienne, à la grande consternation de certains dirigeants israéliens, revient au centre de la scène. Depuis de longs mois, les dirigeants de la coalition de droite et les experts autodidactes sur les « affaires arabes » ont expliqué à la population israélienne que les Etats arabes ne se souciaient plus des Palestiniens.

Tout d’un coup, ces mêmes États, qui ont montré peu d’intérêt sur le conflit israélo-palestinien, ont changé leur attitude après le changement de gouvernement aux États-Unis. Plus que cela, ils présentent un front uni sur la question. Et le message clair qui arrive d’Amman est : la Palestine d’abord.

D’abord, résolvez ce problème irritant des Palestiniens, puis nous pourrons parler de l’ordre régional en général : c’était le message public du sommet de la Ligue arabe, et c’est aussi le message que ces Etats ont l’intention de transmettre au gouvernement américain par les canaux non officiels. Et cela commencera à partir de la semaine prochaine, lorsque le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et le roi de Jordanie, Abdallah II, seront accueillis séparément à la Maison Blanche par le président Donald Trump.

Une vue générale de la salle où se tient le sommet de la Ligue arabe à la station balnéaire Sweimeh, en Jordanie le 29 mars 2017 (Ceédit : AFP / Khalil Mazraawi)

Le front arabe et sunnite unifié n’est pas un phénomène trivial, surtout compte tenu des frictions des dernières années. Les liens entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite se sont fragilisés mais le sommet jordanien a marqué une réconciliation entre le roi Salman d’Arabie Saoudite et Sissi. Les deux hommes ont présenté l’Iran comme l’ennemi conjoint de l’axe sunnite, et ils ont été rejoints par le roi Abdallah II de Jordanie.

Ayant refusé de voir le soutien de Téhéran au régime de Bashar Assad en Syrie, l’Egypte a mis fin à son différend avec Ryad en une seule phrase lors du discours de Sissi, dans lequel il a appelé à une position ferme contre les efforts iraniens destinés à dominer la région. Dans un signe presque symbolique des temps changeants, le président libanais Michel Aoun, un allié du groupe terroriste libanais du Hezbollah et, dans une certaine mesure, de l’Iran, a trébuché en arrivant à l’une des discussions et est tombé sur le tapis rouge.

Mais en plus de s’attaquer à l’Iran, l’objectif de Sissi à Washington la semaine prochaine est de faire progresser les négociations entre Israël et les Palestiniens. L’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Autorité palestinienne auraient pour objectif de faire valoir un accord fondé sur l’initiative arabe – une solution à deux États avec des ajustements fonciers, présentée par les Saoudiens en 2002 et qui a été rédigée par l’ancien héritier du trône, Abdallah. Il est probable que les changements et les adaptations du plan arabe seront présentés à Trump, mais la base restera inchangée.

Si ces informations sont avérées, cela marquerait une victoire importante pour le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a célébré cette semaine son 82e anniversaire. Abbas était en froid depuis plus de six mois avec le Caire, qui soutenait son adversaire politique interne Mohammad Dahlane. Maintenant, l’Égypte s’est réconciliée avec Abbas et manifeste un intérêt à participer aux négociations futures avec Israël sur la question palestinienne.

Ces changements dans l’arène arabe, ainsi que l’implication très publique de l’envoyé de Trump, Jason Greenblatt, qui a rencontré des dirigeants arabes en marge du sommet, soulignent clairement un réveil diplomatique.

Pour le moment, le gouvernement des États-Unis n’a présenté aucune demande publique concrète. Pour l’instant, en effet, il négocie tranquillement avec Israël sur la question de la construction des implantations.

Mais Greenblatt a confirmé publiquement l’ « intérêt personnel » de Trump de parvenir à un accord et a déclaré que cet accord « se répercuterait positivement dans toute la région et le monde ».

Ce genre de rhétorique est plutôt inquiétant pour la coalition gouvernementale d’Israël. Trump pourrait, plutôt étonnamment, être celui qui présentera un plan complet pour un accord de paix israélo-palestinien – une nouvelle « feuille de route », peut-être, ou un « cadre de travail Trump ».

Et cela pourrait placer le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans une position gênante.

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