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Miracle naturel surexploité, le lac de Tibériade s’assèche

Ce réservoir de 160 km carrés est vital : il a longtemps été la principale source d'eau du pays et son assèchement, apparemment inexorable, inquiète

  • Photo prise le 8 octobre depuis le kibboutz Ein Guev. on voit une île dans le lac de Tibériade, qui est apparue à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Photo prise le 8 octobre depuis le kibboutz Ein Guev. on voit une île dans le lac de Tibériade, qui est apparue à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Les produits de la pêche dans le lac de Tibériade, le 8 octobre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Les produits de la pêche dans le lac de Tibériade, le 8 octobre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Une femme se tient sur la plage de sable du lac de Tibériade., le 8 ocotbre 2018 Les étendues de sable  sont apparues à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Une femme se tient sur la plage de sable du lac de Tibériade., le 8 ocotbre 2018 Les étendues de sable sont apparues à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Le lac de Tibériade, vu depuis le kibboutz Chorazime, le 8 ocotbre 2018. (Crédit : AFP/Jak Guez)
    Le lac de Tibériade, vu depuis le kibboutz Chorazime, le 8 ocotbre 2018. (Crédit : AFP/Jak Guez)
  • Photo prise le 8 octobre depuis le kibboutz Ein Guev. on voit une île dans le lac de Tibériade, qui est apparue à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
    Photo prise le 8 octobre depuis le kibboutz Ein Guev. on voit une île dans le lac de Tibériade, qui est apparue à cause d'une baisse de niveau de l'eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
  • Des vaches dans un champ surplombant le lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 18 février 2017 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
    Des vaches dans un champ surplombant le lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 18 février 2017 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
  • Vue du lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 19 avril 2017 (Isaac Harari / FLASH90)
    Vue du lac de Tibériade, dans le nord d'Israël, le 19 avril 2017 (Isaac Harari / FLASH90)
  • Photo d'illustration : Des pêcheurs du kibboutz  Ein Gev sur le bateau de pêche "Gil," sur le lac de Tibériade, au nord d'Israël, le 7 mai 2017 (Crédit : Maor Kinsbursky/FLASH90)
    Photo d'illustration : Des pêcheurs du kibboutz Ein Gev sur le bateau de pêche "Gil," sur le lac de Tibériade, au nord d'Israël, le 7 mai 2017 (Crédit : Maor Kinsbursky/FLASH90)

Jadis à Ein Guev, les Israéliens étalaient leurs serviettes sur l’herbe verte, au bord du lac de Tibériade. Aujourd’hui, s’ils veulent rester sur le rivage, ils doivent planter leurs parasols sur une plage de sable, apparue à cause de l’assèchement de cette étendue d’eau.

« Chaque fois que nous venons, nous ressentons un pincement au cœur », confie Yaël Lichi, 47 ans, habituée des lieux avec sa famille depuis 15 ans. « Ce lac est un symbole en Israël : dès qu’il y a une sécheresse, c’est de lui qu’on parle en premier », relève-t-elle. Le journal Haaretz documente d’ailleurs quotidiennement le niveau de ses eaux en dernière page.

Devant Yaël Lichi, les bateaux en bois de pèlerins chrétiens dessinent une étrange chorégraphie sur les eaux transparentes. Les groupes viennent du monde entier visiter le lac, situé à 200 mètres sous le niveau de la mer, où Jésus aurait marché sur l’eau et multiplié les pains.

Pour Israël, ce réservoir de 160 km carrés est vital. Il a longtemps été la principale source d’eau du pays et son assèchement, apparemment inexorable, inquiète. Deux îles sont apparues cet été à la surface des eaux.

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Depuis 2013, « nous sommes en dessous de la ligne rouge basse », au-delà de laquelle « la salinité augmente, les poissons ont du mal à survivre et la végétation est affectée », explique à l’AFP Amir Givati, hydrologue à l’Autorité israélienne de l’eau.

Le niveau est tout juste 22 cm au-dessus du record de sécheresse de 2001. Sauf qu’à cette époque, 400 millions de mètres cubes étaient prélevés chaque année pour irriguer le reste du pays.

« Cette année, nous n’avons pompé que 20 millions de mètres cubes », dit Amir Givati, en plus des 50 millions de mètres cubes versés par Israël au voisin jordanien dans le cadre des accords de paix.

La baisse du niveau de l’eau dans le lac de Galilée est visible dans ce pot. Attribuée à une surexploitation, elle inquiète les services de protection de l’environnement. Photo prise le 8 octobre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Facteurs humains

Une centaine de kilomètres plus au sud, le long du Jourdain, la mer Morte, autre vaste étendue d’eau en Israël, a perdu un tiers de sa surface depuis 1960 et continue de baisser de plus d’un mètre par an. Le Jourdain n’est plus qu’un filet saumâtre, du fait de la surexploitation mais aussi parce qu’Israël le régule grâce à un barrage au sud du lac de Tibériade.

Les experts sont formels : même des précipitations au-dessus de la moyenne durant l’hiver ne suffiront pas à sauver le lac de Tibériade de dommages irréversibles.

Au ministère de l’Eau, on déplore les cinq années de sécheresse qui ont épuisé les réserves dans le nord du pays. Mais « les facteurs climatiques seuls ne suffisent pas à expliquer (cette) baisse record », objectent Michael Wine, Alon Rimmer et Jonathan Laronne, chercheurs à l’université Ben Gourion, dans le sud d’Israël.

« L’agriculture et la dérivation des eaux sont les principales causes » du phénomène, écrivent-ils dans une étude à paraître en février.

Le réservoir s’épuise

Les Israéliens ont construit dans les années 50, à une époque où leur jeune pays promettait de « faire fleurir le désert », un immense aqueduc qui acheminait l’eau du lac vers le reste du pays.

« Le lac de Tibériade était utilisé comme un réservoir national », explique Julie Trottier, universitaire spécialiste de l’eau dans le secteur. L’aqueduc irriguait la côte méditerranéenne à l’ouest et le désert du Néguev au sud.

Aujourd’hui, faute d’eau, l’aqueduc n’est plus utilisé. Désormais, la majorité des foyers à l’ouest consomment de l’eau dessalée de la Méditerranée et les champs sont irrigués grâce au recyclage des eaux usées traitées.

Mais la région du lac ne profite toujours pas du dessalement de l’eau de mer, regrette Orit Skutelsky, coordinatrice à la Société pour la Protection de la Nature en Israël (SPNI). Aussi les agriculteurs locaux, grands consommateurs d’eau, s’en remettent-ils aux cours d’eau qui fournissent 90 % des apports du lac.

Des dizaines de pompes prélèvent chaque année près de 100 millions de mètres cubes dans ces sources dont le débit a diminué, parfois de moitié, et qui ne sont plus assez vigoureuses pour alimenter correctement le lac, dit la chercheuse.

A quelques kilomètres des plages d’Ein Guev, au pied des collines rocailleuses, d’immenses filets cachent des plantations de bananes, un fruit très rentable car il peut être récolté toute l’année.

« Quand ils ont commencé à planter les bananiers, il n’y avait pas de problème d’eau » contrairement à maintenant, indique Meir Barkan, le directeur du tourisme du village de vacances d’Ein Guev.

Une femme se tient sur la plage de sable du lac de Tibériade., le 8 ocotbre 2018 Les étendues de sable sont apparues à cause d’une baisse de niveau de l’eau, attribuée à une surexploitation des ressources. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Plus avec moins

Faute de ressources hydrauliques suffisantes, Eran Feitelson, professeur de géographie à l’Université hébraïque de Jérusalem, estime qu’il faut désormais choisir entre d’un côté l’agriculture et le tourisme, gourmands en eau mais qui font vivre toute la région, et de l’autre, la préservation de la nature.

Lior Avishai, agronome au centre de recherche Zemach Nisyonot, est lui d’avis qu’on peut trouver une solution technologique qui utilise moins d’eau pour faire pousser des cultures.

Les autorités proposent de leur côté d’approvisionner Tibériade en eau dessalée via l’aqueduc, depuis la mer jusqu’au lac. Deux solutions sont à l’étude : déverser directement l’eau dessalée dans le lac ou la déverser en amont, afin qu’elle alimente les cours d’eau qui se jettent dans le lac.

Pour Menahem Lev, 59 ans dont 39 à pêcher dans le lac, l’affaire n’a que trop traîné. Il exhibe un saint-pierre, le poisson emblématique des eaux du Tibériade, qu’il vient de retirer de ses filets, à peine plus gros que sa main.

« La solution ne peut venir que du gouvernement. Ou du ciel », suggère-t-il. Il pointe vaguement le port à moitié à l’abandon où les bateaux de pèlerins ne peuvent plus accoster, forçant les visiteurs à débarquer à même la berge.

« J’ai vraiment honte quand les touristes voient le lac dans cet état ! », se désole-t-il.

Les produits de la pêche dans le lac de Tibériade, le 8 octobre 2018. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

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