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Missile S-400 : Erdogan tiraillé entre Moscou et Washington

Espérant présenter une alternative, Washington a approuvé l'an dernier la vente à Ankara de missiles Patriot américains, sans jamais parvenir à lui faire renoncer aux S-400

Le système de missiles anti-aériens S-400 déployé en Russie. Illustration. (Crédit : Соколрус/CC BY-SA/Wikimedia)
Le système de missiles anti-aériens S-400 déployé en Russie. Illustration. (Crédit : Соколрус/CC BY-SA/Wikimedia)

A l’approche de la livraison de missiles russes S-400 commandés par la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan se trouve tiraillé entre son allié américain au sein de l’Otan et son partenaire russe, risquant de se mettre les deux à dos.

Les relations déjà tendues entre Ankara et Washington pourraient subir un nouveau coup, avec de potentielles sanctions américaines, si la Turquie va au bout du contrat, la livraison des premières batteries S-400 étant prévue cet été.

Un porte-parole du Pentagone, Charles Summers, a récemment prévenu que la Turquie s’exposait à de « graves conséquences ». Une menace à prendre au sérieux, selon les analystes.

Mais si la Turquie recule, le président Erdogan prendra le risque de se mettre à dos Moscou, son partenaire stratégique en Syrie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’adresse aux élus de son parti à Ankara, le 20 novembre 2018. (Crédit : Burhan Ozbilici/AP)

Un accord conclu entre Moscou et Ankara pour bloquer une offensive du régime syrien dans la province d’Idleb, frontalière de la Turquie et tenue par des jihadistes, pourrait notamment se trouver en jeu.

La Russie pourrait aussi utiliser l’arme économique, selon des experts, en freinant l’arrivée de millions de touristes russes en Turquie.

De telles sanctions arriveraient au pire moment pour M. Erdogan, dont le pays affronte sa première récession en dix ans.

Pas d’alternative

« Le gouvernement américain et le Congrès ne font pas des menaces en l’air », estime l’ex-diplomate américaine Amanda Sloat, chercheuse à la Brookings Institution.

« Il y a des préoccupations réelles à Washington ainsi qu’en Europe au sujet d’un allié de l’Otan achetant du matériel de défense russe », poursuit-elle.

Les Américains craignent que la technologie dont sont dotées les batteries S-400 ne serve à collecter des données sur les avions militaires de l’Otan et que la Russie puisse y accéder.

Un responsable américain parlant sous couvert de l’anonymat évoque également des problèmes d’interopérabilité avec les systèmes de l’Otan.

M. Erdogan insiste pour dire qu’Ankara a besoin des S-400 pour défendre ses frontières.

Il s’est tourné vers la Russie parce qu’il n’avait alors pas d’alternative crédible côté américain. « Pour nous, il est hors de question de faire marche arrière », a-t-il déclaré récemment.

La Turquie pourrait alors, selon des experts, tomber sous le coup de la loi Caatsa (Counter America’s Adversaries Through Sanctions Act), qui impose des sanctions économiques à toute entité ou pays qui conclut des contrats d’armement avec des entreprises russes.

Des responsables et des généraux américains ont maintes fois appelé à ce qu’un terme soit mis aux discussions sur les avions de chasse américains F-35 censés être livrés à la Turquie si celle-ci acquiert les S-400.

La Turquie envisage d’acheter cent avions de ce type et des pilotes turcs ont déjà commencé à s’entraîner avec leurs homologues aux Etats-Unis.

Ankara a investi environ un milliard de dollars dans ce programme et toute décision américaine empêchant l’arrivée des avions de chasse serait une violation de contrat. Mais Washington serait, selon certaines sources, prêt à rembourser Ankara.

Le temps presse

Les soldats américains et israéliens déploient une batterie de défense antimissile Patriot, durant l’exercice de défense aérienne Juniper Cobra au mois de mars 2018 (Crédit : Armée israélienne)

Espérant présenter une alternative, Washington a approuvé l’an dernier la vente à Ankara de missiles Patriot américains, sans jamais parvenir à lui faire renoncer aux S-400.

Le chef du Pentagone, Patrick Shanahan, a déclaré mardi souhaiter « absolument » le maintien de l’accord sur les F-35 avec la Turquie. Sauf que, pour cela, « nous avons besoin que la Turquie achète le Patriot ».

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a déclaré le 1er mars que les négociations sur l’éventuel achat des missiles américains avaient démarré. Le temps presse : l’offre formelle sur les Patriots expire à la fin du mois, d’après les médias.

Il est « peu probable » que ce désaccord turco-américain « entraine une rupture permanente », estime Mme Sloat. Mais « cela va considérablement peser sur des relations déjà tendues et soulever de nouvelles questions à Washington sur la fiabilité de l’allié turc ».

Si des responsables turcs et américains évoquent ce dossier en privé, il est peu probable que des discussions de haut niveau aient lieu avant les élections locales prévues le 31 mars en Turquie.

Hande Firat, chroniqueuse pour le quotidien Hürriyet, a rapporté que M. Cavusoglu se rendrait aux Etats-Unis en avril pour discuter des S-400, mais qu’une résolution du différend nécessiterait une intervention de M. Erdogan et de son homologue américain Donald Trump.

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