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Interview

Mon grand-père, ce nazi

Il y a six ans, l’auteure nigériane-allemande, Jennifer Teege, a découvert que son grand-père maternel était Amon Goeth

Jennifer Teege (Crédit :  JTA)
Jennifer Teege (Crédit : JTA)

JTA – Que feriez-vous si vous découvriez que votre grand-père était un officier nazi ?

Jennifer Teege a dû faire face à cette découverte lorsqu’un jour dans une librairie de Hambourg, elle tombe par hasard sur le livre « Il faut bien que j’aime père ». Ce livre a été écrit par sa mère, Monika Hertwig, et selon la quatrième de couverture, le père de Hertwig était Amon Goeth, le commandant du camp de concentration de Plaszow.

Teege, âgée aujourd’hui de 44 ans, se souvient de Goeth qu’elle avait vu dans le film « La liste de Schindler », où le personnage était incarné par l’acteur Ralph Fiennes.

Etudiante, elle avait un intérêt particulier pour la Shoah. Elle a même passé quatre ans en Israël. Mais jusqu’à ce fameux jour dans cette librairie de Hambourg, elle ne se doutait pas un seul instant que son grand-père était nazi.

« Et cela a rendu les choses encore plus dures de découvrir que ce n’était pas juste quelqu’un qui appartenait à ma famille, mais quelqu’un à qui j’étais liée », explique Teege au JTA lors d’une interview accordée à la foire du livre international de Jérusalem. « C’était comme un mauvais rêve. »

Amon Goeth (Crédit : Wikimédia)
Amon Goeth (Crédit : Wikimédia)

Teege raconte ses difficultés à accepter son histoire familiale dans le livre « Mon grand-père m’aurait tuée », un livre qu’elle a écrit en 2013 et qui sortira en anglais en avril 2015.

Tegge est née dans le sud de l’Allemagne. Son père est Nigérien, sa mère Allemande.

Son livre relate comment elle a découvert ses racines et les répercussions que cette découverte a eues dans sa propre vie – en particulier en raison du fait qu’elle est typiquement le genre de personne que les nazis auraient persécuté.

« Le fait que je suis soudainement la petite fille de quelqu’un qui est décrit comme un monstre, qu’est-ce que cela signifie pour moi ?, s’interroge-t-elle. Cela m’a pris un peu de temps pour comprendre que même s’il est mon grand-père, cela ne me définit pas. Ce sont des liens de sang, c’est vrai, mais ce n’est rien de plus. »

Lorsque Teege est tombé sur le livre de sa mère, les deux ne s’étaient pas parlées depuis une décennie.

Elevée dans une maison déchirée par les violences conjugales, Teege a été placée (dans l’équivalent allemand de la DDASS) avant d’être adoptée par une autre famille à l’âge de sept ans.

Elle avait arrêté de voir sa grand-mère, la dernière femme de Goeth, Ruth Kalder Goeth, qui a pris soin et élevé Teege les premières années de sa vie. Teege se souvient d’une grand-mère aimante et stable. Elle a vraiment du mal à s’imaginer que cette grand-mère affectueuse ait pu avoir, il y a 30 ans de cela, des esclaves juifs dans sa résidence qui surplombait un camp de concentration.

« Ce que je n’arrivais pas à concevoir était que la seule personne de qui j’avais de bons souvenirs était ma grand-mère, déplore Teege. Cette image a éclaté en morceaux. »

Alors qu’elle faisait des recherches sur Goeth, Teege a découvert à quel point son grand-père était monstrueux. Il tirait sur les prisonniers juifs depuis sa fenêtre. Il avait entraîné ses chiens à déchiqueter les victimes. En 1946, au moment de sa pendaison, ses derniers mots furent « Heil Hitler ».

Durant ses années en Israël, Teege s’est entretenue avec des survivants de la Shoah dans le cadre de son travail pour l’Institut culturel allemand. Elle a emménagé à Tel-Aviv après être tombée amoureuse d’un Israélien. Elle raconte qu’on la prenait souvent pour une Juive éthiopienne.

Teege vit maintenant à Hambourg avec son époux et ses deux enfants. Ces dernières années, son héritage nigérien a été une bénédiction et une malédiction à la fois. C’est effrayant de savoir que son grand-père l’aurait fait tuée. Mais soixante-dix ans plus tard, cet élément facilite la communication avec les survivants qui savent qu’elle aussi aurait été une victime.

« Lorsque que je suis en contact avec les survivants, cela leur donne l’impression que je les soutiens, explique-t-elle. Le fait que je parle hébreu leur permet de se lier plus facilement ; mais aussi ma couleur de peau aide aussi, parce que cela me rend tellement différente de mon grand-père et cela prouve que le passé est derrière moi. »

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