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Mouvement anti-islam : l’Allemagne s’inquiète pour son image

"L'Allemagne est devenue arc-en-ciel, ne la laissons pas redevenir noir et blanc", exhorte le quotidien Bild

Quelque 250 supporters du parti d'extrême-droite allemand (Parti national-démocratique) à Rostock, en Allemagne (Crédit : Sean Gallup/Getty Images/via JTA)
Quelque 250 supporters du parti d'extrême-droite allemand (Parti national-démocratique) à Rostock, en Allemagne (Crédit : Sean Gallup/Getty Images/via JTA)

Les manifestations anti-islam continuent de prendre de l’ampleur à Dresde, dans l’est de l’Allemagne, et les autorités s’inquiétaient mardi pour l’image du pays malgré une mobilisation anti-raciste majoritaire à l’échelle nationale.

Dans un pays encore marqué par son passé nazi et qui cherche à attirer des immigrés pour compenser son déclin démographique, la multiplication de manifestations xénophobes ces dernières semaines a provoqué une levée de bouclier sans précédent: politiques, médias, milieux d’affaires et de nombreux citoyens sur les réseaux sociaux ou dans la rue, mobilisés contre l’islamophobie.

« L’Allemagne est devenue arc-en-ciel, ne la laissons pas redevenir noir et blanc », s’exclamait mardi le quotidien Bild, en publiant une pétition de 50 personnalités disant « Non à Pegida », parmi lesquelles deux anciens chanceliers sociaux-démocrates, Gerhard Schröder et Helmut Schmidt.

Oliver Bierhoff, le manageur de l’équipe d’Allemagne championne du monde de foot, louait, dans les colonnes du journal le plus lu d’Europe, les vertus de l’intégration, aux côtés d’artistes ou d’ecclésiastiques.

Parmi les signataires: sept ministres de l’actuel gouvernement. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, livrait ce commentaire: « les paroles ne remplacent pas les faits, l’Allemagne a besoin des immigrés ».

La onzième marche organisée lundi soir dans la capitale de la Saxe par un groupe baptisé « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident » (Pegida) a réuni 18 000 participants, selon la police. Un record depuis que ce mouvement a débuté en octobre. Mais il n’a pas mobilisé ailleurs et les « anti-Pegida » étaient bien plus nombreux à travers le pays.

Ils étaient ainsi « plusieurs milliers » d’anti-Pegida à Cologne (ouest) où la cathédrale avait été éteinte en signe de protestation contre un mouvement qualifié de xénophobe. A Berlin, l’éclairage de la porte de Brandebourg avait également été éteint et 5.000 contre-manifestants s’étaient mobilisés.

Dans son allocution du Nouvel An, la chancelière Angela Merkel avait critiqué les meneurs du mouvement anti-islam, épinglant des personnes au « coeur » rempli de « préjugés » et de « haine ».

« Pegida ne nuit pas seulement à notre pays, mais donne aussi une mauvaise image de l’Allemagne à l’étranger », a déclaré le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, dans des tweets relayés par son ministère, y compris en langue anglaise.

Le patronat s’est inquiété également. « L’impression qu’on manifeste chez nous contre les étrangers nuit à l’Allemagne », a affirmé Ingo Kramer, président de la Fédération des employeurs.

bouc émissaire

Dans le cortège de Dresde lundi soir, pas ou peu de crânes rasés mais de simples citoyens, souvent âgés, portant drapeaux et parfois crucifix aux couleurs de l’Allemagne. Ces manifestants disent se sentir menacés par l’immigration, dans ce Land d’ex-Allemagne de l’Est qui ne compte pourtant que 2,2 % d’habitants d’origine étrangère, l’un des pourcentages les plus faibles du pays.

Même minoritaire, ce mouvement met mal à l’aise une Allemagne marquée par l’idéologie raciste de la dictature nazie, par sa responsabilité dans l’extermination des juifs, et qui cherche à présenter une image d’ouverture sur le monde.

« Justement en Allemagne, nous devons avoir l’oreille sensible quand une minorité religieuse devient le bouc émissaire de problèmes » de société, souligne Werner Schiffhauer, universitaire et président du Conseil des migrations, qui regroupe des chercheurs sur ce thème.

Là où par le passé on affirmait lutter « contre la judéisation de la société allemande », on parle « aujourd’hui d’+une islamisation de l’Occident+ fantasmée par une propagande qui se ferme à toute raison », fait-il remarquer.

« Nous avons besoin d’une nouvelle représentation de l’Allemagne », a estimé Naika Foroutan, sociologue de l’Université Humbolt à Berlin. « Trop longtemps le message qui nous a façonnés était que l’Allemagne n’était pas un pays d’immigration alors que l’Allemagne l’était de fait », a-t-elle affirmé à la télévision.

En 1983, la feuille de route du gouvernement formé par les conservateurs d’Helmut Kohl et les libéraux du FDP affirmait: « L’Allemagne n’est pas un pays d’immigration ». Aujourd’hui, un habitant sur cinq en Allemagne a une origine étrangère, selon l’Office des statistiques et le pays est devenu en 2012, la principale destination d’immigration en Europe, accueillant cette année-là 400 000 nouveaux arrivants, selon l’OCDE.

C’est aussi la première destination des demandeurs d’asile en Europe. Depuis début 2014, l’Allemagne a accueilli 180 000 réfugiés (+ 57 % par rapport à la même période en 2013).

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