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Netanyahu est un obstacle à de meilleures relations – haut responsable bahreïni

Affecté par les "tactiques de harcèlement" à l'encontre des Arabes, un sheikh prévient que "Bibi vendra son âme pour gagner" et dénonce les plans d'annexion comme un "tournant"

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, cinquième de la gauche, et le Prince du Bahreïn Salman bin Hamad Al Khalifa, sixième de la gauche, écoutent le haut conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, debout, lors de la session d'ouverture de l'atelier "Paix pour la prospérité" à Manama, au Bahreïn, le 25 juin 2019. (Agence d'information du Bahreïn via AP)
Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, cinquième de la gauche, et le Prince du Bahreïn Salman bin Hamad Al Khalifa, sixième de la gauche, écoutent le haut conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, debout, lors de la session d'ouverture de l'atelier "Paix pour la prospérité" à Manama, au Bahreïn, le 25 juin 2019. (Agence d'information du Bahreïn via AP)

Un haut-membre de la famille royale du Bahreïn a fustigé le Premier ministre israélien ce week-end, disant que Netanyahu était devenu un obstacle entravant l’amélioration des relations avec l’Etat juif et que les élections de mardi pourraient marquer « l’essor ou la chute » de la perspective de paix entre Arabes et Israéliens.

Ce membre du clan Al-Khalifa, qui a requis l’anonymat pour s’exprimer franchement sur ce sujet sensible, a déclaré au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique que 90 % des membres de sa famille et autres décisionnaires du Bahreïn avaient une vision fortement défavorable du Premier ministre israélien et que même ceux qui ne le condamnaient pas ouvertement ne le tenaient pas en haute estime pour autant.

« Toutes les personnalités qui comptent au Bahreïn éprouvent, dans une certaine mesure, du mépris pour Netanyahu », a-t-il confié.

Il a âprement critiqué la promesse électorale du Premier ministre d’annexer la Vallée du Jourdain en cas de réélection, la qualifiant de « tournant pour l’avenir de tout traité de paix à l’amiable dans la région » et estimant qu’une telle action « planterait le dernier clou dans le cercueil » de la paix israélo-palestinienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime devant une carte de la vallée du Jourdain dans une déclaration dans laquelle il promet d’étendre la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte, à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Il a également condamné l’escalade dans la campagne de Netanyahu sous forme de « tactiques de harcèlement » à l’encontre de la minorité arabe, avec notamment le message publié sur Facebook à ses partisans que « les Arabes veulent nous annihiler tous – hommes, femmes et enfants ». Un message publié sur le chatbox de la page Facebook et dont Netanyahu a affirmé qu’il n’en savait rien.

« Bibi vendra son âme » pour gagner le scrutin, a-t-il accusé.

Les propos du sheikh surviennent moins de trois mois après la tenue, au Bahrein, du sommet de « la paix pour la prospérité » organisé par l’administration Trump, au cours duquel le ministre des Affaires étrangères du royaume, Sheikh Khalid Al-Khalifa, avait donné une interview sans précédent au Times of Israel, et trois jours après la rencontre entre Al-Khalifa et ses homologues, au Caire, qui a été l’occasion de condamner la promesse du Premier ministre israélien d’annexer la vallée du Jourdain.

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Minister Khalid bin Ahmed Al Khalifa, à droite, parle avec Raphael Ahren, du Times of Israel, en marge du sommet Paix pour la prospérité de Manama, au Bahreïn, le 26 juin 2019 (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Le ministère des Affaires étrangères bahreïni avait aussi émis son propre communiqué sur cette initiative, disant qu’elle « prouve le désir d’Israël d’obstruer les efforts livrés pour mettre en place une paix équitable et durable ».

Ces dernières années, Bahreïn et d’autres pays du Golfe ont montré une plus grande ouverture envers l’Etat juif dans un contexte d’alignement d’intérêts communs, notamment sur le problème de l’Iran et de ses groupes mandataires dans toute la région.

Les ministres des Affaires étrangères des deux nations se sont récemment rencontrés à Washington en public, prenant la pose le temps d’une photo. Toutefois, au vu de l’impasse dans laquelle se trouve le processus de paix israélo-palestinien, ce rapprochement n’a pas outrepassé certaines limites. Des informations avaient filtré sur les tentatives vaines du Premier ministre israélien d’organiser un déplacement au Bahreïn avant le scrutin du mois d’avril.

Le sheikh a expliqué que les défis régionaux – pas seulement sur la sécurité, mais sur les questions environnementales et économiques étaient tels que « nous avons besoin de tout le monde, y compris d’Israël, mais nous n’allons pas nous coucher devant Israël avant qu’il n’y ait une offre substantielle sur la table qui soit acceptable pour la majorité du monde arabe et, plus important encore, pour les Palestiniens ».

Le sheikh a noté que Bahreïn désirait encore une paix chaleureuse avec l’Etat juif dans un contexte d’un véritable accord de paix régional, et a évoqué les opportunités mutuelles dans le tourisme, le commerce et les investissements.

Il s’est référé de manière répétée à l’Initiative de paix arabe initiée en 2002 par les Saoudiens, qui promettait une pleine normalisation des relations avec les pays arabes dans le cadre de la solution à deux Etats avec les Palestiniens.

« Je pense qu’après 70 ans, il est temps », a-t-il dit. « Les pays du Golfe n’ont rien de personnel contre la population israélienne, ils n’ont rien contre les Juifs ».

Il a évoqué la petite minorité juive du pays, clamant que ses membres continuaient à assumer des rôles significatifs au sein du gouvernement, au Parlement et dans l’économie.

Il a ajouté qu’il comprenait les inquiétudes israéliennes au sujet d’un foyer palestinien, notant que tout accord de paix devrait contenir des arrangements sécuritaires pour garantir qu’un tel Etat ne représenterait pas une menace pour l’Etat juif.

« Nous commençons avec les trois premiers points : Israël est là, Israël restera là, Israël a le droit d’exister, Israël a droit à la sécurité – et il ne doit y avoir aucun compromis sur ces trois points. Une fois cela établi, les Palestiniens doivent avoir le droit à leur propre foyer et à vivre une vie dans la dignité ».

Mais il a rejeté la suggestion avancée par Netanyahu et d’autres que le Bahreïn normaliserait ses relations avec Israël en l’absence d’un processus de paix sérieux impliquant les Palestiniens.

« Cela, je peux vous le parier à 1 000 %, n’arrivera jamais », a-t-il dit.

Le président américain Donald Trump, (à droite), lors d’une réunion bilatérale avec le roi Hamad bin Isa Al Khalifa de Bahreïn, le dimanche 21 mai 2017, à Riyadh. (AP Photo/Evan Vucci)

Il a clairement établi que tandis que lui et d’autres personnalités du Golfe nourrissaient en général plus de sympathie pour l’administration Trump que pour celle d’Obama – largement en raison de son approche plus belliqueuse face à l’Iran – la politique des Américains sur la paix israélo-palestinienne ne les enthousiasmait guère.

« Nous sommes sceptiques sur les efforts économiques récents sans avoir vu la feuille de route finale sur le front politique », a-t-il commenté.

Il a comparé les Premiers ministres israéliens antérieurs avec Netanyahu – au détriment de ce dernier – qui, selon lui, portaient un plus grand intérêt à la paix. « Nous avons connu une période de lune de miel dans le passé », a-t-il expliqué. Les Ehud Barak et Yitzhak Rabin ne sont plus là ».

Il a ajouté regretter les « opportunités manquées » lors des négociations de paix de Camp David et de Taba, en 2000 et 2001, au cours desquelles Yasser Arafat avait rejeté l’offre soumise par Barak de créer un territoire palestinien sur 97 % de la Cisjordanie et de Gaza.

« Yasser Arafat a fait tellement d’erreurs », a-t-il affirmé. « Il avait été encouragé à accepter cette offre par les pays arabes ».

Tout en soulignant qu’il s’exprimait en son nom propre et non pour le compte du gouvernement, le sheikh a ajouté que si – et seulement si – un leader palestinien futur rejetait une offre d’une portée similaire, le Bahreïn et les autres Etats arabes pourraient se réserver le droit de suivre leur propre cap avec l’Etat juif.

« Le temps est peut-être venu que nous disions : ‘Ça suffit’, » a-t-il dit. « Montrez-nous un bon accord de paix, que nous estimerons acceptable pour un grand nombre de Palestiniens et leurs dirigeants, et s’ils ne l’acceptent pas, alors chaque pays arabe sera alors en mesure de prendre sa propre décision sur sa manière d’aller de l’avant ».

Mais il s’est dit pessimiste sur l’éventualité de l’avancée d’un tel processus sous la direction de Netanyahu.

« Une nouvelle ère nécessite un nouveau leader », a-t-il conclu.

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