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Nucléaire iranien: réunion de crise à Vienne, Trump joue l’apaisement

Alors que les sanctions asphyxient l'économie iranienne, Téhéran a présenté une feuille de route en vue de s'affranchir de certains engagements pris dans le cadre du pacte

La chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, , à Vienne, le 6 juillet 2018. (Crédit : AP Photo/Ronald Zak)
La chef de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, , à Vienne, le 6 juillet 2018. (Crédit : AP Photo/Ronald Zak)

Le président américain Donald Trump a jugé vendredi à Osaka (Japon) que « rien ne presse » pour résoudre les tensions entre Washington et Téhéran tandis qu’à Vienne une réunion diplomatique de crise, sous la houlette de l’Union européenne, examinait les marges de manoeuvres pour enrayer le délitement de l’accord sur le nucléaire iranien.

« Nous avons le temps. Rien ne presse, ils peuvent prendre leur temps », a dit M. Trump à son arrivée au sommet du G20 d’Osaka, lui qui parlait mercredi de « guerre » contre les Iraniens, sur fond d’incidents militaires dans la région du Golfe.

Ces propos apaisants tranchent avec le ping-pong des déclarations choc qui s’était poursuivies jeudi entre l’Iran et les Etats-Unis. Téhéran avait mis en garde contre l' »illusion » d’une « guerre courte » entre les deux pays ennemis.

La crise entre les Etats-Unis et l’Iran doit être au menu des discussions du sommet du G20 qui s’est ouvert vendredi au Japon.

Le même jour, les Etats encore parties à l’accord nucléaire signé en 2015 (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne, Iran et Russie) ont entamé à 10H00 GMT une réunion pour essayer de sauver le texte. Les Européens pressent l’Iran, représenté par son vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, de ne pas commettre l' »erreur » de se retrouver en violation de ses engagements.

Le négociateur nucléaire iranien et vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi. (Capture d’écran YouTube/Channel 4 News)

Après leur retrait de l’accord en 2018, les Etats-Unis ont rétabli des sanctions économiques qui asphyxient l’économie iranienne et privent Téhéran des bénéfices qu’il attendait de ce pacte.

La crise au long cours qui caractérise depuis 40 ans les relations entre les Etats-Unis et l’Iran connaît depuis environ deux mois un nouvel accès de fièvre, sur fond d’escalade dans la région du Golfe et d’inquiétudes pour la survie de l’accord nucléaire, menacé depuis que les Etats-Unis s’en sont retirés.

« Ennemi principal »

Un nouveau pic a été atteint lorsque l’Iran a abattu un drone américain, le 20 juin, après une série d’attaques d’origine inconnue contre des tankers attribuées par Washington à Téhéran qui a démenti.

Dans ces circonstances ultratendues faisant craindre un embrasement, M. Trump avait évoqué mercredi la possibilité d’une guerre courte contre Téhéran. « Nous sommes dans une position très forte, et ça ne durerait pas très longtemps, je peux vous le dire. Et je ne parle pas de troupes au sol ».

L’idée d’une « ‘guerre courte’ avec l’Iran est une illusion », a réagi le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif dans un message sur Twitter destiné, selon lui, à corriger certaines « idées fausses » du président américain qui « menacent la paix ».

Mardi, le président iranien Hassan Rohani a déclaré à son homologue français Emmanuel Macron que l’Iran ne cherchait la guerre « avec aucun pays », pas même les Etats-Unis.

Pour autant, Téhéran multiplie les mises en garde.

A Téhéran, les funérailles publiques de près de « 150 martyrs » tombés lors de la guerre Iran-Irak ou en Syrie, ont donné aux autorités l’occasion d’exalter la « résistance » face à l' »ennemi principal »: les Etats-Unis.

S’adressant à la foule, le chef de l’Autorité judiciaire, Ebrahim Raïssi, est revenu sur la destruction du drone américain – abattu selon Téhéran dans l’espace aérien iranien, ce que Washington conteste.

« La main bénie qui a attaqué le drone américain a confirmé que pour résister devant l’ennemi, la République islamique d’Iran n’a aucune hésitation », a-t-il déclaré.

« Accord durable »

Cherchant à calmer les inquiétudes, Mark Esper, secrétaire américain à la Défense par intérim, a assuré jeudi à l’Otan que son pays ne voulait pas d’un conflit avec l’Iran. « Notre propos est d’amener l’Iran à négocier un accord durable », a-t-il assuré alors que Washington veut un nouvel accord avec l’Iran, pour qui, au contraire, le pacte de 2015 n’est pas négociable.

Par l’accord de Vienne, l’Iran s’est engagé à ne jamais chercher à se doter de l’arme atomique, et à limiter drastiquement son programme nucléaire en échange de la levée partielle des sanctions internationales.

En riposte au retour des sanctions américaines, Téhéran a fait connaître le 8 mai son intention de se délier progressivement de ses engagements si Européens, Russes et Chinois ne l’aidaient pas à contourner les mesures américaines.

Sur cette capture d’écran de l’IRIB ( Islamic Republic Iran Broadcasting), la télévision d’Etat, trois versions de centrifuges fabriquées dans le pays dans un programme diffusé en direct depuis Natanz, une structure d’enrichissement d’uranium en Iran, le 6 juin 2018 (Crédit : IRIB via AP)

L’Iran a annoncé ce jour-là ne plus se sentir tenu par les limites que l’accord de impose à ses réserves d’eau lourde et d’uranium faiblement enrichi, et menacé de s’affranchir d’autres engagements à partir du 7 juillet.

Il avait indiqué le 17 juin que ses réserves d’uranium dépasserait à partir du 27 juin le plafond des 300 kilos fixé par l’accord, mais aucune confirmation du franchissement de ce seuil n’est venue ce jour.

Cette limite n’a pas été dépassée jeudi, selon des sources diplomatiques, un responsable iranien invoquant une « raison technique » et précisant que cette mesure restait à l’ordre du jour. Il a ajouté que l’Iran se trouvait actuellement à 2,8 kg sous le plafond autorisé.

Téhéran a également menacé d’enrichir à partir du 7 juillet de l’uranium au-delà du taux autorisé de 3,67%.

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