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Iran : dix morts lors de manifestations nocturnes

Pour la quatrième nuit consécutive, les Iraniens sont descendus dans la rue dans plusieurs villes dont Téhéran pour protester contre le pouvoir et les difficultés économiques

l'université de Téhéran durant une manifestation contre les problèmes économiques dans la capitale de Téhéran, le 30 décembre 2017. Les étudiants ont manifesté pour un troisième jour en raison des problèmes de l'économie iranienne, comme l'ont montré des vidéos sur les réseaux sociaux. Mais leur nombre a été surpassé par les contre-manifestants (Crédit :  AFP / STR)
l'université de Téhéran durant une manifestation contre les problèmes économiques dans la capitale de Téhéran, le 30 décembre 2017. Les étudiants ont manifesté pour un troisième jour en raison des problèmes de l'économie iranienne, comme l'ont montré des vidéos sur les réseaux sociaux. Mais leur nombre a été surpassé par les contre-manifestants (Crédit : AFP / STR)

Au moins dix personnes sont mortes dimanche soir lors de manifestations violentes dans une dizaine de villes iraniennes, a indiqué lundi la télévision d’Etat.

Le peuple iranien répondra aux « fauteurs de troubles et hors-la-loi », a déclaré le président Hassan Rouhani, qualifiant les protestataires de « petite minorité qui lance des slogans allant à l’encontre (…) de la volonté de la nation et insulte les valeurs sacrées et révolutionnaires », selon le site de la présidence.

Pour la quatrième nuit consécutive, les Iraniens sont descendus dimanche soir dans la rue dans plusieurs villes du pays dont la capitale Téhéran pour protester contre le pouvoir et les difficultés économiques- chômage, vie chère et corruption.

« Notre économie a besoin d’une grande opération de chirurgie, nous devons tous être unis » a affirmé M. Rouhani, précisant que le gouvernement avait la volonté de « régler les problèmes de la population ».

Selon la télévision d’Etat, six personnes ont été tuées dimanche soir par des « tirs suspects » dans les violences qui ont touché Toyserkan (ouest), alors que plus tôt, les médias avaient fait état de quatre morts dans les villes d’Izeh (sud-ouest) et Doroud (ouest).

A Toyserkan, des personnes « portant des masques (…) ont participé aux troubles en attaquant et incendiant des bâtiments publics ». Dans cet incident, il y a eu des « tirs suspects » et six personnes sont mortes, selon la même source.

« Des habitants d’Izeh ont manifesté comme ailleurs dans le pays contre les difficultés économiques, malheureusement, deux personnes ont été tuées et d’autres blessées (…) Je ne sais pas si les tirs provenaient des forces de l’ordre ou des manifestants », a déclaré le député local Hedayatollah Khademi cité par l’agence Ilna proche des réformateurs.

Dimanche soir, deux autres personnes ont péri dans la ville de Doroud (ouest) dans un incident lié indirectement aux manifestations. Des protestataires se sont emparés d’un camion de pompiers et l’ont lâché du haut d’une pente. Il a percuté leur véhicule et « les deux passagers ont été tués », a déclaré le préfet de la ville à la télévision d’Etat.

« Des bâtiments publics, des centres religieux et des banques ont été attaqués et certains incendiés. Des agents ont été blessés », a déclaré le préfet de la ville de Doroud à la télévision d’Etat.

Selon lui, les manifestants se sont emparés d’un camion de pompiers et l’ont lâché du haut d’une pente. « Le véhicule a percuté un homme âgé et un adolescent qui ont tous les deux été tués », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, dix fauteurs de trouble ont été arrêtés à Oroumieh (nord-ouest), a pour sa part indiqué un responsable local cité par Mehr.

« Il y a eu des troubles dans les villes de Nourabad, Doroud et Khoramabad (…) et des fauteurs de troubles ont été arrêtés », a déclaré Habibollah Khojastehpour, le vice-gouverneur de la province de Lorestan (ouest), selon l’agence Mehr.

Les violences de dimanche soir ont eu lieu malgré un appel au calme du président Hassan Rouhani tout en condamnant les violences. Il a affirmé que son pays devait fournir « un espace » pour que la population puisse exprimer ses « inquiétudes quotidiennes », tout en condamnant les violences et la destruction des biens publics.

« Critiquer, c’est totalement différent que d’utiliser la violence », a-t-il souligné lors du Conseil des ministres. « Il faut même créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations et des rassemblements légaux. C’est le droit du peuple. »

Les autorités ont également limité l’accès aux réseaux sociaux, en particulier les messageries Telegram et Instagram, largement utilisées en Iran, pour empêcher de nouvelles manifestations.

Par ailleurs, des manifestations sporadiques teintées de violences ont eu lieu dimanche soir dans plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran. Dans la capitale où 200 personnes ont été arrêtées, la police a utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser un petit groupe de manifestants qui scandaient des slogans hostiles au pouvoir dans le quartier de l’université de Téhéran.

Des étudiants fuient les tirs de gaz lacrymogènes devant l’université de Téhéran, lors des manifestations contre la situation économique, le 30 décembre 2017. (Crédit : STR / AFP)

De petites manifestations ont également eu lieu dans plusieurs villes de province, notamment Kermanshah (ouest), Shahinshahr (près d’Ispahan), Takestan (nord), Zanjan (nord), Izeh (sud-ouest) où, selon des vidéos mises en ligne par les médias et les réseaux sociaux, des bâtiments publics, des centres religieux, des banques ou des sièges du Bassidj (milice islamique) ont été attaqués et parfois incendiés. Les manifestants ont également attaqué et mis le feu à des voitures de police.

Quelque 200 autres ont été interpellées dans des villes de province, selon les médias.

Les manifestations contre la vie chère et le pouvoir ont commencé jeudi en Iran. Des slogans comme « Mort au dictateur » et des attaques visant les symboles du régime ont donné aux manifestations –les plus importantes depuis celles de 2009– un air de révolution. La colère suscitée par la situation économique est palpable depuis quelques années et a dominé les dernières élections en mai. Elle n’a fait qu’augmenter avec l’effondrement de sociétés de crédit qui a affecté des millions d’investisseurs.

Iranian President Mahmoud Ahmadinejad (photo credit: CC-BY-Daniella Zalcman, Wikimedia Commons)
Mahmoud Ahmadinejad, alors président iranien, avait promis de conquérir la technologie aérienne. (Crédit: Daniella Zalcman/CC-BY/Wikimedia Commons)

Ces sociétés se sont multipliées sous le mandat du président Mahmoud Ahmadinejad et se sont effondrées quand la bulle immobilière a explosé.

« Je ne suis pas surpris par ces manifestations. Nous avons eu ces deux dernières années des défilés dans la rue contre les banques et les sociétés de crédit », rappelle le politiste Mojtaba Mousavi, basé à Téhéran.

« Tout le monde dit que les manifestants viennent des classes défavorisées mais de nombreux manifestants font partie de la classe moyenne qui a perdu beaucoup de ses avoirs », assure-t-il à l’AFP.

En dépit des causes économiques évidentes, des griefs portant sur les restrictions concernant les libertés civiles sont toujours d’actualité.

Même au sein de la classe politique conservatrice, on reconnaît que les Iraniens ont peu d’espace pour exprimer leurs plaintes.

« Notre Constitution reconnaît le droit de protester mais en pratique, il n’y a pas de mécanisme pour le faire », souligne Gholamreza Mesbahi Moghddam, porte-parole de l’Association du clergé combattant (conservatrice) à l’agence ISNA.

« Les responsables doivent écouter le peuple. Les médias, également, ont la responsabilité de couvrir les manifestations. »

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