Pologne : un candidat met une kippa sur la tête d’une élue lors d’un débat
Un débat électoral a pris des tournures antisémites quand la question de la restitution des biens a été soulevée ; Morawiecki estime que cela "accorderait une victoire à Hitler"
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Un débat dans la ville de Kielce, en Pologne, a pris une tournure de manifestation antisémite et de lancer de kippa alors que les candidats argumentaient sur la question des restitutions des biens saisis aux Juifs pendant la Shoah.
Pendant le débat, Dawid Lewicki, candidat pour l’alliance politique d’extrême-droite Confédération, a placé une kippa devant une candidate du parti Droit et Justice et a déclaré que « ceci est le symbole de Droit et Justice. Ils s’inclinent devant les Juifs et vendent le pays pour 300 millions de dollars », selon les médias polonais.
La candidate de Droit et Justice, Anna Krupka, a ensuite jeté la kippa sur la table.
Quand elle a pris la parole, une vidéo montrait Konrad Berkowicz, autre membre de Confédération, ramasser la kippa et la placer au-dessus de sa tête.
L’ambassadeur de Pologne en Israël Marek Magierowski a condamné cet incident dans un tweet dimanche, affirmant que « toutes les expressions d’une haine raciale sont inacceptables ».
Yes, I condemn it. Unequivocally. All expressions of racially motivated hatred are unacceptable. https://t.co/2oosHF1Na1
— Marek Magierowski (@mmagierowski) May 19, 2019
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon, a déclaré, pour sa part, que l’incident n’est pas digne de commentaire.
« C’est un parti raciste marginal qui ne mérite pas de réaction », a-t-il dit.
https://twitter.com/KenLewak/status/1129987117113913345
Le débat sur la restitution des biens en Pologne a refait surface à la veille des élections européennes et des élections parlementaires qui auront lieu plus tard cette année. Un décret signé en 2018 par le président américain Donald Trump, conçu pour encourager la restitution des biens juifs durant la Shoah, s’est attiré les critiques du gouvernement de droite polonais, qui soutient que le dossier est clos.
Les groupes nationalistes se sont également opposés à cette loi, affirmant qu’indemniser les victimes porteraient un coup fatal à l’économie polonaise. Samedi dernier, un groupe de nationalistes polonais a manifesté contre cette mesure à Varsovie. Cet évènement a été décrit comme l’une des plus grandes manifestations anti-juives de ces dernières années.
Le Premier ministre Mateusz Morawiecki s’est ensuite fait l’écho des manifestants, affirmant que les Polonais eux-mêmes méritaient d’être indemnisés pour la Seconde Guerre mondiale.
Lundi dernier, la Pologne a annulé une visite de responsables israéliens, en raison de leur intention de soulever la question de la restitution de biens juifs tombés en déshérence après la Shoah
Le lendemain, un Israélien de 65 ans a craché sur l’ambassadeur polonais à Tel Aviv, un geste décrit par Varsovie comme un « acte de haine anti-polonaise ».
Lors d’un meeting de campagne à Lodz, Morawiecki a réaffirmé que son parti Droit et Justice « ne consentira pas » à la restitution des biens saisis pendant la Shoah. Il a assuré à ses électeurs que « nous défendrons la Pologne ».
Morawiecki estime que payer pour ces biens « viole le droit international et accorderait une victoire posthume à Hitler, et c’est pour cela que nous ne l’autoriserons jamais ».
L’an dernier, une crise a opposé Israël et la Pologne après l’adoption d’une loi polonaise controversée, finalement amendée, perçue en Israël et aux Etats-Unis comme une tentative implicite d’empêcher les survivants de la Shoah d’évoquer les crimes des Polonais à leur égard.
En réponse, Varsovie a amendé la loi en retirant la clause prévoyant une amende ou une peine de prison.
En février, le chef de la diplomatie israélienne, Israel Katz avait ulcéré Varsovie par des propos sur « l’antisémitisme que les Polonais tètent avec le lait de leur mère ». La Pologne a, par la suite, boycotté en février un sommet prévu à Jérusalem de quatre pays d’Europe de l’Est.
Fin avril, le Congrès juif mondial a condamné un « incident antisémite » après que des habitants d’un village polonais eurent brûlé et décapité un mannequin représentant Judas, avant de le jeter dans une rivière, un rituel pascal remontant au 18e siècle et pratiqué jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
L’AFP a contribué à cet article.
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