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Pour des mères de Srebrenica, la condamnation de Karadzic n’efface rien

L'ex-chef politique des Serbes de Bosnie lors de la guerre (1992-95) dans cette région en grande partie musulmane a été condamné à 40 ans de détention pour le génocide à l'été 1995 de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica

Bida Smajlovic, 64 ans, survivante du massacre de Srebrenica, au mémorial de Potocari, met le doigt sur le nom de son époux, le 24 mars 2016. (Crédit : AFP / ELVIS BARUKCIC)
Bida Smajlovic, 64 ans, survivante du massacre de Srebrenica, au mémorial de Potocari, met le doigt sur le nom de son époux, le 24 mars 2016. (Crédit : AFP / ELVIS BARUKCIC)

« Là où il est, ce n’est pas vraiment une prison, il est au chaud, il mange, il a même bonne mine ». Pour Bida, veuve éplorée du massacre de Srebrenica, la condamnation pour génocide de Radovan Karadzic n’effacera jamais sa souffrance.

Revenues vivre à Srebrenica, il y a une dizaine d’années, ses mères de victimes de la pire tuerie perpétrée en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale se sont réunies jeudi pour suivre ensemble la retransmission de la lecture du verdict à l’encontre de Radovan Karadzic.

L’ex-chef politique des Serbes de Bosnie lors de la guerre (1992-95) dans cette région en grande partie musulmane a été condamné à 40 ans de détention pour le génocide à l’été 1995 de 8.000 hommes et garçons musulmans à Srebrenica, et pour crimes contre l’humanité lors du siège de Sarajevo.

Emue, Bida a suivi le verdict contre Karadzic prononcé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) avec ses amies Vasva et Sajma Smajlovic. Les trois femmes étaient mariées à trois frères – Hamdija, Ismet et Medo – tous été tués dans le massacre de Srebrenica.

« Je suis très mécontente, il ont tué tellement d’enfants, et lui (Karadzic) vivra peut-être suffisamment longtemps pour recouvrer la liberté. Là où il est, ce n’est pas vraiment une prison, il est au chaud, il mange, il a même bonne mine, de toute évidence il est bien là-bas », peste Bida, 63 ans.

‘Maigre réconfort’

« Ma douleur et ma solitude perdurent et rien ne changera cela, rien ne pourra les apaiser. Je vis encore comme si tout s’était produit la veille et rien ne peut diminuer mes souffrances », souffle-t-elle à propos de cette guerre qui a fauché 100.000 vies dans les Balkans.

Les époux de Bida, Vasva et Sajma avaient été, eux, découverts dans des fosses communes, puis enterrées dans le mémorial de Potocari, près de Srebrenica, où reposent les victimes du massacre.

Radovan Karadzic, 70 ans, est le plus haut responsable à être jugé par le tribunal pour des crimes commis pendant cette guerre, après la mort en 2006 de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic au cours de son procès.

« Il n’y a pas de condamnation adéquate pour lui, Karadzic, il ne vivra peut-être pas assez longtemps pour retrouver la liberté, mais comparé à mon Ismet il a déjà trop vécu », lâche Vasva Smajlovic, 73 ans, toute vêtue de noir.

« La meilleure sentence serait de le tuer sur place, pour que le monde entier puisse le voire se décomposer. Le fait que j’ai vécu pour le voir être condamné apporte un maigre réconfort », renchérit Vasva.

Sajma, elle, reste silencieuse pendant le verdict, confessant uniquement avoir pris des tranquillisants avant le début de la retransmission. Mais à chaque fois que Karadzic apparait sur l’écran de la télévision, des larmes gonflent ses yeux.

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