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Analyse

Quand les chiffres de Gaza masquent la réalité

Les chiffres donnés par les Palestiniens sont pris pour argent comptant par l’ONU ; pour les experts israéliens, ils ne valent rien

Des Palestiniens à une école de l'UNRWA après avoir fui leurs maisons suite à une opération terrestre israélienne à Rafah dans le sud de la bande de Gaza le 18 Juillet, 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Des Palestiniens à une école de l'UNRWA après avoir fui leurs maisons suite à une opération terrestre israélienne à Rafah dans le sud de la bande de Gaza le 18 Juillet, 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les chiffres obtenus par le renseignement israélien soulignent comment, dans les guerres israélo-palestiniennes, même le fait de compter les morts fait désormais partie d’un récit qui joue un rôle décisif.

Des sources palestiniennes de Gaza contrôlée par le Hamas affirment que près de 75 % de tous les morts étaient des civils. En date de vendredi à 15h, le Bureau de l’ONU pour la coordination des affaires humanitaires a signalé que 857 Palestiniens avaient été tués, que 649 d’entre eux des civils, dont 194 étaient des enfants.

Ce dernier chiffre est écrasant. Même s’il est fortement gonflé – et certains des enfants sont réellement les adolescents qui ont pris part à la guerre – il n’y a pas à rechigner sur l’énormité de la tragédie pour les familles de Gaza. Mais le chiffre de 75 % est plus que simplement tragique. Il remet en question la légitimité de l’action d’Israël, de son droit à se défendre de la manière adéquate.

Pourtant, un rapport récent mis en place par Israël révèle un équilibre beaucoup plus « rationnel », qui semblerait être en ligne avec les chiffres des dernières offensives de l’OTAN ou des guerres menées à l’étranger par les États-Unis.

Le Centre d’information et de renseignement Meir Amit [un ancien patron du Mossad] a estimé, à la date du 23 Juillet, que 775 personnes avaient été tuées dans la bande de Gaza, dont 229 étaient des militants ou des terroristes (135 du Hamas, 60 du Jihad islamique, 34 d’autres organisations terroristes) ; 267 étaient des civils ; et 279 ne pouvaient pas encore être identifiés.

La plupart des chiffres donnés par les Palestiniens, repris allègrement par l’ONU et par d’autres organisations internationales, « ne valent pas le papier sur lequel ils ont été écrits », a déclaré au Times of Israel Reuven Erlich, le directeur du Centre Meir Amit. «Ils sont basés principalement sur des sources palestiniennes à Gaza, qui ont un intérêt évident à dire que nous tuons de nombreux civils » a-t-il ajouté.

Son centre essaie d’établir une recherche en profondeur quant au nombre de victimes. Afin de déterminer l’identité exacte de la mort, l’équipe du centre de recherches se base sur les sites palestiniens, sur des recherches d’informations sur les funérailles et encore sur d’autres indices qui pourraient faire la lumière sur l’identité des morts.

Les autorités de Gaza comptent généralement un jeune homme qui ne portait pas l’uniforme en tant que civil – même s’il a été impliqué dans des activités terroristes et a donc été considéré par l’armée israélienne comme une cible légitime, ont rapporté des sources militaires.

Cela peut être particulièrement trompeur dans le conflit actuel, où, comme Patrick Martin a noté dans le Globe and Mail au cours de la bataille de Chajaya, quelques hommes armés « portaient leurs armes ouvertement, en bandoulière sur l’épaule, mais deux d’entre eux, déguisés en femmes, ont été vus marchant avec des armes en partie cachées sous leurs robes. Un autre avait son arme enveloppée dans une couverture et la tenait sur sa poitrine comme si c’était un bébé ».

Noru Tsalic, un blogueur pour le Times of Israel, a examiné une liste des morts diffusée sur Al-Jazeera, le samedi 19 Juillet. Il y avait 307 noms, dont 85 % d’hommes. « En fait, a-t-il écrit, plus des deux tiers des victimes étaient des hommes âgés de 18 à 60 ans, en dépit du fait qu’ils représentent environ 20 % de la population de Gaza ».

Lors de l’opération « Plomb Durci » en 2008-2009, 1 166 Palestiniens avaient été tués. Les organisations palestiniennes des droits de l’homme, à l’époque, avaient déclaré que les deux tiers des morts étaient des civils. L’armée israélienne, plusieurs mois après la clôture de l’opération, a présenté un chiffre inverse de 61 % de « militants », 25 % de civils, et 14 % restants – bien que tous étant des hommes – comme des « inconnus ».

Si l’on divise simplement la différence entre les chiffres israéliens et palestiniens, le nombre de morts serait beaucoup plus en ligne avec l’étude exhaustive menée sur l’histoire de la mort de civils pendant la guerre menée par le professeur William Echkardt – le procureur en chef pour le massacre de My Lai pendant la guerre du Vietnam, et ancien colonel dans l’armée américaine.

« En moyenne, la moitié des décès causés par la guerre sont ceux de civils » écrit-il dans l’étude Les morts de civils en temps de guerre citée par Wikipedia. Ce ratio, écrit-il encore, « est resté de 50 % environ d’un siècle à l’autre ».

Les chiffres de la guerre de Corée et de la guerre du Vietnam sont probablement loin d’être exacts, mais plusieurs sources concordent pour dire que les morts de civils par rapport à celles des combattants auraient été dans un rapport de 2 pour 1. Wikipedia donne même le rapport de la première guerre de Tchétchénie avec un ratio de 10 pour 1.

Néanmoins, le point-clé ne tourne pas forcément autour de ces chiffres, qui masquent les faits. Le point-clé, doit-on faire valoir, c’est que le monde entier est fixé sur ces chiffres-là au cours d’une semaine où, a rapporté la BBC, 1 700 personnes ont été tuées en Syrie, plusieurs centaines d’entre elles étant des civils.

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