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Sciences : des hommes s’engagent à soutenir la carrière des femmes

En Europe, elles n'occupent que 11 % des hautes fonctions académiques. Et seulement 3 % des prix Nobel scientifiques leur ont été attribués

Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour l'éducation des femmes et lauréate du Prix Nobel de la Paix, pendant une conférence sur les femmes dans le monde arabe, à Charjah, aux Emirats arabes unis, le 19 octobre 2016. (Crédit : AFP/Karim Sahib)
Malala Yousafzai, militante pakistanaise pour l'éducation des femmes et lauréate du Prix Nobel de la Paix, pendant une conférence sur les femmes dans le monde arabe, à Charjah, aux Emirats arabes unis, le 19 octobre 2016. (Crédit : AFP/Karim Sahib)

En sciences, le « plafond de verre » qui limite l’accession des femmes aux hautes fonctions académiques est particulièrement résistant. Des chercheurs de premier plan ont décidé de s’engager pour aider à le briser.

A l’occasion de la 20e édition du prix L’Oréal-Unesco « Pour les femmes et la science » à Paris, 26 hommes de diverses nationalités ont signé une charte pour aider les femmes dans leur carrière au sein de leur « sphère d’influence ».

Parmi ces premiers signataires, on trouve, côté français, le mathématicien et député Cédric Villani, le spécialiste du cerveau Stanislas Dehaene, le patron du CNRS Antoine Petit, le physicien Etienne Klein, le généticien Axel Kahn, le paléoanthropologue Pascal Picq.

Des scientifiques travaillant aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Norvège, en Israël, au Liban, au Qatar notamment ont également apporté leur soutien à cette initiative lancée par la Fondation L’Oréal et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture.

« La charte d’engagement vise à faire davantage de place aux femmes à différents niveaux comme par exemple l’accès égal aux bourses, au recrutement, à la publication et aux droits d’auteur, ou à la récompense de l’excellence », explique à l’AFP Jean-Paul Agon, pdg de L’Oréal et président de la fondation.

En vingt ans, la part des femmes scientifiques a certes progressé de quelque 12 % mais elles ne représentent encore qu’environ 30 % des chercheurs dans le monde, selon un rapport de l’Unesco de 2015.

En Europe, elles n’occupent que 11% des hautes fonctions académiques. Et seulement 3% des prix Nobel scientifiques leur ont été attribués.

Sur les 599 lauréats Nobel en physique, chimie ou médecine entre 1901 et 2017, on trouve 17 femmes (deux seulement en physique, dont Marie Curie qui a eu également celui de chimie).

Considérée comme l’équivalent du Nobel en mathématiques, la médaille Fields a récompensé une seule fois (en 2014) une femme, l’Iranienne Maryam Mirzakhani (décédée en 2017).

« résister à la tentation du quota »

« On touche là du doigt la réalité du plafond de verre dans les sciences. Ce n’est pas une question de compétences », relève Jean-Paul Agon. « Les carrières des femmes en science n’avancent pas au même rythme que celles de leurs homologues masculins ».

Dans la charte « pour les femmes et la science », les hommes s’engagent à « nominer autant d’hommes que de femmes pour les prix ».

L’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix. (Crédit : Bengt Oberger/
CC BY-SA 4.0)

Les hommes sont invités à « nommer des femmes à des postes de responsabilité », à « proposer davantage d’interventions publiques aux femmes scientifiques », à « parrainer chaque année au moins une femme pour l’aider à gravir un échelon supplémentaire dans son plan de carrière ».

Parvenir à se faire publier est indispensable pour bâtir sa carrière scientifique. La charte suggère de « recommander des femmes dans les comités de lecture pour atteindre un meilleur équilibre ».

La question des publications est un « sujet extrêmement sensible », note Cédric Villani. « Autant il faut se donner des objectifs clairs de représentation équilibrée quand il s’agit de composer un conseil d’administration ou une direction d’institut, autant en matière de publications, il faut, je crois, résister à la tentation du quota et ne retenir que la qualité scientifique », estime le député français (majorité présidentielle.

« C’est en amont qu’il faut davantage soutenir, accompagner, encourager les femmes. Il faut aussi les inciter à publier régulièrement », selon lui.

Quant à Ernesto Fernandez Polcuch, chef de la section des politiques scientifiques à l’Unesco, il considère que « le combat pour l’égalité des genres en sciences a trois raisons d’être ». « Non seulement, c’est un droit humain mais la société a besoin de davantage de scientifiques, donc de plus de femmes. Qui plus est, la science sera de meilleure qualité si les femmes sont pleinement engagées ».

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