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Sofiane Ayari, dans l’ombre d’Abdeslam, un personnage pas si secondaire

La France s'intéresse particulièrement à lui pour son rôle présumé dans la préparation des attentats de Paris

Esquisse de la salle d'audience le 5 février 2018, au Palais de Justice de Bruxelles, où comparaissent Salah Abdeslam et son complice Sofiane Ayari (deuxième à partir de la gauche). (Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)
Esquisse de la salle d'audience le 5 février 2018, au Palais de Justice de Bruxelles, où comparaissent Salah Abdeslam et son complice Sofiane Ayari (deuxième à partir de la gauche). (Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)

Jugé depuis lundi à Bruxelles avec Salah Abdeslam pour une fusillade avec des policiers, le Tunisien Sofiane Ayari pourrait être davantage qu’un second rôle dans la nébuleuse jihadiste qui a frappé Paris et Bruxelles.

Une fiche de la police belge versée au dossier français des attentats du 13 novembre à Paris (130 morts) dresse un portrait inquiétant du jeune Tunisois de 24 ans, connu sous de multiples alias, qui « se serait confié sur son désir de mourir en martyr ».

Selon ce même document, dont l’AFP a eu connaissance, « il lui aurait été demandé de revenir en Europe en vue de participer aussi à des actions terroristes ».

Actuellement détenu près de Liège (est de la Belgique), il pourrait, selon certains éléments de l’enquête, être impliqué dans un attentat commis le 24 novembre 2015 à Tunis contre un bus de la sécurité présidentielle, qui avait fait 12 morts.

La France s’intéresse particulièrement à lui pour son rôle présumé dans la préparation des attentats de Paris et a demandé à la Belgique sa remise en vue d’une mise en examen dans le cadre d’un mandat d’arrêt.

Lui est jusqu’à présent resté évasif dans ses explications depuis son arrestation avec Salah Abdeslam le 18 mars 2016 à Molenbeek, où il se cachait, trois jours après la fusillade pour laquelle il est jugé à Bruxelles.

Il a déclaré lundi devant le tribunal qu’il ne se voyait pas comme « radical », bien qu’il ait rejoint l’organisation Etat islamique en Syrie « fin 2014 », après avoir abandonné sa première année de formation universitaire en génie électrique.

‘Pas d’accord à 100 %’

« J’adhère à quelques points (de l’EI) mais pas à tout », a expliqué ce jeune homme en survêtement, aux épais sourcils noirs et au visage marqué par deux cicatrices, sur le cou et la joue. « On ne peut pas être d’accord à 100 % avec l’Etat islamique ».

Les attentats commis au nom de l’EI ? « Ca les regarde », répond-il. « Ce n’est pas à moi de dire si ces actions sont légitimes ou illégitimes, c’est aux personnes qui les ont commises ».

Lors de cette audition, il a balayé les questions trop précises sur son profil ou son parcours, ses passages récurrents du français à l’arabe compliquant encore les échanges.

Selon l’enquête, il est arrivé en Europe par l’île grecque de Léros le 20 septembre 2015, en se mêlant au flot de réfugiés, comme plusieurs auteurs des attentats du 13 novembre.

Il est ensuite enregistré en Allemagne le 1er octobre, où il arrive probablement avec Osama Krayem, un suspect-clé des attentats de Bruxelles (32 morts le 22 mars 2016), et Ahmad Alkhad, possible artificier de la cellule franco-belge, toujours en fuite.

Les trois hommes sont récupérés à Ulm le lendemain, dans la nuit du 2 au 3 octobre, par Salah Abdeslam qui les amène à Bruxelles.

« Ayari et Krayem ne connaissaient pas la Belgique. Ils sont venus spécialement en Belgique pour participer à la cellule jihadiste », a insisté lundi la procureure lors du procès.

‘Retourner en Syrie’ 

De fait, l’ADN ou les empreintes digitales d’Ayari sont retrouvés dans cinq planques belges de la cellule, à Charleroi, Jette, Auvelais, Forest et Schaerbeek, dont certaines ont servi à préparer les attentats du 13 novembre.

« Je n’ai rien à voir avec les attentats de Paris », répète l’intéressé aux enquêteurs, bien qu’il ait été inculpé dans le volet belge du dossier.

Quand ces derniers lui expliquent que les victimes attendent des réponses, il réplique: « Vos avions bombardent des innocents en Syrie et tout le monde s’en fout. »

Autre interrogation: un voyage en bus à Amsterdam avec Osama Krayem le jour même des attentats de Paris.

Ce complice, arrêté en avril 2016, expliquera aux enquêteurs belges avoir été missionné par Ibrahim El Bakraoui, un des kamikazes du 22 mars à l’aéroport de Bruxelles, pour aller à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol « repérer des consignes d’un volume assez important afin qu’il y soit entreposé des armes, des explosifs ou de l’argent ».

Au lendemain des attentats dans la capitale belge, un ordinateur avait été retrouvé près d’une des planques des jihadistes : à l’intérieur figurait un dossier « 13 novembre » contenant plusieurs sous-fichiers faisant écho aux différents commandos et à des lieux, dont un intitulé « groupe Schiphol ».

Sofiane Ayari a éludé le sujet lundi, affirmant être venu en Belgique « de manière très temporaire » avec le seul objectif de « retourner en Syrie ».

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