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« Tu ressembles à une Juive », le manifeste antiraciste de l’écrivaine Cloé Korman

"La France a une vieille tradition de racisme, écrit Cloé Korman. Du Code noir à l’islamophobie contemporaine, la mise au ban de certaines populations a pris de multiples formes."

Cloé Korman à la 20e édition du festival Maghreb des Livres, à Paris, le 8 février 2014. (Crédit : Indif / CC BY-SA 3.0)
Cloé Korman à la 20e édition du festival Maghreb des Livres, à Paris, le 8 février 2014. (Crédit : Indif / CC BY-SA 3.0)

Romancière et enseignante en Seine-Saint-Denis, Cloé Korman a publié le 9 janvier dernier Tu ressembles à une Juive aux éditions du Seuil. Dans ce manifeste, elle fait la promotion d’un anti-racisme militant et sans concession.

« La France a une vieille tradition de racisme, écrit-elle. Du Code noir à l’islamophobie contemporaine, la mise au ban de certaines populations a pris de multiples formes, souvent tragiques. Pour ma famille, ce fut le Statut des Juifs en 1940 qui marqua la plongée dans l’horreur et entraîna un sentiment d’aliénation durable. »

Elle questionne également son identité et s’interroge sur la religion et l’antisémitisme.

« Il me semble indispensable de défendre un judaïsme athée, intellectuel, un judaïsme qui assume son caractère mélangé aux autres cultures, aux autres pays… », écrit-elle.

Au sujet de l’antisémitisme : « La population juive, estimée à environ 1 % de la population française, polarise la haine xénophobe d’une façon incroyablement disproportionnée – près de la moitié du phénomène des violences racistes. » Mais, « que signifie recrudescence dans un pays dont l’État a organisé en 1942 la rafle du Vel’ d’Hiv, puis la déportation des Juifs de son territoire jusqu’en 1944 ? », se questionne-t-elle.

En tant qu’enseignante, notamment auprès de minorités, elle en vient à cacher sa judaïté par peur de l’antisémitisme et évoque un « reliquat de honte et de méfiance » dans sa relation avec ses élèves. « Je constate chaque année que je ne leur dis pas que je suis Juive », indique-t-elle.

Elle estime pourtant qu’il n’y a « pas de différence entre Juifs et étrangers dans la mentalité raciste » et que « la prospérité de ce mensonge dans la France d’aujourd’hui est une illusion dangereuse ».

De par son expérience en Seine-Saint-Denis, elle connaît bien Drancy, et le camp qu’a abrité la ville. « Là, au milieu des tours d’habitations les plus pauvres de l’Île-de-France, dont les habitants sont presque exclusivement issus des minorités dites visibles, minorités noires et arabo-berbères, se trouve la cité du crime de l’État français. […] La coïncidence présente entre ce lieu de mémoire des crimes antisémites et les lieux de relégation de la France pauvre me plonge dans le malaise », juge-t-elle.

Le titre de l’ouvrage est extrait d’une phrase prononcée par une grand-mère : « Attache tes cheveux sinon tu ressembles à une Juive. » Cette phrase, avec une autre au sujet de son rapport à la religion, l’a conduite à s’interroger sur elle-même, et à écrire ce livre.

Son premier roman, Les Hommes-couleurs, est sorti en 2010, suivi de Les Saisons de Louveplaine (2013) et Midi (2018).

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