Tunisie : Ben Ali porte plainte contre une émission humoristique
L'ex-dictateur s'est plaint d'un programme de télévision, qui porterait atteinte "à sa dignité"

L’ex-dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali a porté plainte vendredi contre une télévision privée pour exiger l’arrêt d’une émission au cours de laquelle un humoriste se fait passer pour lui, s’estimant « atteint dans sa dignité », a annoncé à l’AFP son avocat.
« J’ai déposé plainte à la demande de Ben Ali lui-même », a déclaré l’avocat Mounir Ben Salha. « Il s’agit d’une plainte en référé pour arrêter l’émission et l’audience a été fixée à mardi » prochain.
L’ancien président, déchu par une révolution qui a donné le coup d’envoi des « Printemps arabes » en 2011, vit depuis en exil à Jeddah, en Arabie saoudite. Il a estimé que cette émission « portait atteinte à sa dignité », a ajouté l’avocat, qui a porté plainte pour « atteinte à l’honneur et usurpation d’identité ».
Moez Ben Gharbia, le patron de la chaîne diffusant l’émission, Attessia TV, a confirmé à l’AFP avoir été informé de la plainte par huissier de justice, mais a assuré que l’émission continuerait « bien sûr » d’être diffusée.
Dans « Allo Jeddah », diffusée juste après la rupture du jeûne du mois sacré musulman du ramadan – une heure de grande écoute – des personnalités pensent être invitées dans le cadre d’une nouvelle émission politique. Au bout de quelques minutes, le présentateur annonce un invité-surprise et l’humoriste Migalo imite alors la voix de Ben Ali, faisant croire que l’ex-dictateur est en direct via Skype depuis la ville saoudienne.
Jeudi soir, un partisan du président déchu, Mondher Guefrech, s’est mis à pleurer d’émotion en entendant ce qu’il a cru être la voix de Ben Ali. La veille, Imed Dghij, l’un des dirigeants d’un groupe accusé d’être une brutale milice pro-islamiste, aujourd’hui dissous, avait en revanche échangé des propos virulents avec l’ex-dictateur.
Si l’émission a pu faire rire des téléspectateurs, certains se sont demandé si elle ne contribuait pas à banaliser la nostalgie de l’ancien régime exprimée par certains invités.
« Ce n’est qu’une émission sans arrière-pensées politiques. Parmi les invités, il y a des gens qui sont pour Ben Ali, d’autres qui sont contre. Ce n’est que de la rigolade », s’est défendu le patron de la chaîne.
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