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Turquie : Merkel prône l’apaisement mais renouvelle les critiques

"Ça ne peut être dans notre intérêt géopolitique de laisser la Turquie s'éloigner plus encore", a déclaré la chancelière allemande

Angela Merkel, chancelière allemande, à gauche, et Recep Tayyip Erdogan, président turc, à Istanbul, le 18 octobre 2015. (Crédit : Tolgas Bozoglu/Pool/AFP)
Angela Merkel, chancelière allemande, à gauche, et Recep Tayyip Erdogan, président turc, à Istanbul, le 18 octobre 2015. (Crédit : Tolgas Bozoglu/Pool/AFP)

La chancelière Angela Merkel a promis jeudi d’œuvrer au rapprochement avec la Turquie, en pleine crise diplomatique, tout en insistant sur le respect des valeurs démocratiques et en dénonçant les accusations turques de nazisme contre l’Allemagne.

« Ça ne peut être dans notre intérêt géopolitique, en matière de politique étrangère et de sécurité, de laisser la Turquie, une partenaire au sein de l’OTAN, s’éloigner plus encore », a-t-elle dit devant les députés allemands.

La veille, son chef de la diplomatie Sigmar Gabriel avait lui invoqué « l’amitié » entre les deux pays, la diaspora turque en Allemagne comptant trois millions de personnes, pour résoudre leurs différends, un appel accueilli fraîchement par Ankara qui juge Berlin responsable des frictions actuelles.

Mais après une semaine d’escalade autour de l’annulation de meetings électoraux pro-Erdogan en Allemagne, la partie turque a annoncé jeudi son intention d’en organiser toujours plus.

Quelque 1,4 million d’électeurs turcs vivant en Allemagne sont appelés à voter lors d’un référendum pour étendre les pouvoirs du président turc Recep Tayyip Erdogan.

’30 rassemblements’

Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, cité par la chaîne CNN-Türk, a avancé le chiffre de « 30 rassemblements » et assuré que les autorités allemandes en étaient « informées ».

Merkel a elle assuré que les dirigeants turcs pouvaient venir faire campagne pour le « oui » dans la mesure où ces manifestations sont annoncées « de manière appropriée, dans les délais, de manière transparente ».

La Turquie a accusé Berlin de s’ingérer dans ses affaires intérieures et d’œuvrer pour le « non » en interdisant quatre meetings avec des ministres turcs.

A l’inverse, les autorités allemandes ont souligné que les municipalités, compétentes en la matière, ont refusé les autorisations en raison de difficultés logistiques, de problème de sécurité ou parce que les organisateurs n’avaient pas signalé en temps et en heure la nature politique de ces manifestations.

Le gouvernement allemand craint pour sa part qu’Ankara n’attise encore plus en Allemagne les tensions entre opposants et partisans d’Erdogan d’une part, et entre Turcs et Kurdes d’autre part, alors que ces conflits déchirent déjà la Turquie.

Selon des analystes, les responsables turcs cherchent eux, à travers cette dispute, à jouer sur la fibre nationaliste pour marquer des points, le résultat du scrutin étant incertain.

Dérive autocratique

Le président Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse après la clôture du Sommet des dirigeants du G20 à Hangzhou, le 5 septembre 2016. (Crédit : Greg Baker/AFP)
Le président Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse après la clôture du Sommet des dirigeants du G20 à Hangzhou, le 5 septembre 2016. (Crédit : Greg Baker/AFP)

Merkel a aussi critiqué la volonté d’Erdogan d’élargir ses prérogatives en citant des conclusions d’une commission du Conseil de l’Europe qualifiant ce projet de « plus que problématique ».

De son côté, le président de la chambre basse du Parlement allemand, Norbert Lammert est allé jusqu’à parler de dérive « autocratique ».

Ailleurs en Europe, l’ambition d’Ankara de faire campagne pour le oui est également mal vue. L’Autriche a même prôné d’interdire aux responsables turcs de faire campagne dans l’UE.

La mairie de Rotterdam a annulé un rassemblement avec le chef de la diplomatie turque prévu ce week-end. Mais Cavusoglu a réagi en affirmant que « personne » ne pourrait l’empêcher de se rendre aux Pays-Bas.

La campagne référendaire est loin d’être la seule source de tension germano-turque, la Turquie ayant été ulcérée par les critiques sur les purges visant l’opposition et la presse depuis le putsch raté de juillet.

Une fois encore, la chancelière a assuré qu’elle ne cèderait pas sur la défense des valeurs démocratiques, « c’est-à-dire la liberté d’opinion, la liberté de la presse, la liberté d’expression et la liberté de réunion ».

Elle a en particulier promis « d’utiliser tous les moyens » pour obtenir la libération du correspondant germano-turc du quotidien Die Welt, Deniz Yücel, incarcéré pour propagande « terroriste ».

Merkel est aussi revenue à la charge en qualifiant de « triste, déprimants […] déplacés » les propos d’Erdogan accusant Berlin de recourir à des « pratiques nazies » en n’autorisant pas certains meetings.

Le chef de la diplomatie turque a immédiatement répliqué en maintenant la comparaison : « nous ne disons pas que le gouvernement actuel est nazi. Mais, qu’on le veuille ou non, ses pratiques nous rappellent les pratiques de cette époque-là. »

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