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Un mea culpa du bout des lèvres de l’AFP

L'agence de presse française n'avait pas vérifié la véracité d'un communiqué publié par les autorités de Gaza, selon lequel Israël avait ouvert les vannes d'un barrage, inondant la zone

Des inondations dans le sud d'Israël (Crédit photo : Gili Yaari/Flash90)
Des inondations dans le sud d'Israël (Crédit photo : Gili Yaari/Flash90)

Cet hiver encore, les riverains de l’oued qui traverse la bande de Gaza ont vu leurs maisons envahies par les eaux. Aucun doute pour eux : les Israéliens avaient de nouveau ouvert les vannes en amont pour les inonder. Un examen des faits du côté israélien raconte une autre réalité, démythifiant ce qui ressemble à une légende palestinienne.

Régulièrement – tous les ans, disent les Palestiniens – le Wadi Gaza déborde après un épisode de fortes pluies.

Que les Israéliens, invisibles de l’autre côté de la barrière, actionnent les vannes du barrage plus haut sur le cours d’eau, sans se préoccuper de l’aval ou même avec l’intention de faire souffrir les Palestiniens, est devenu à Gaza une sorte de vérité établie depuis des années.

Devant une nouvelle crue dimanche, les autorités locales se sont empressées de publier un communiqué libellé « urgent » pour dénoncer les agissements israéliens.

L’AFP s’est empressé de reprendre ces allégations à son compte dimanche 22 février dans une vidéo et des photos des inondations dans le village d’Al-Moghraqa. Le script et les légendes indiquaient qu’Israël avait ouvert les vannes d’un barrage.

La vidéo faisait parler des résidents accusant ouvertement Israël.

Seulement, il n’existe côté israélien aucun barrage où on pourrait jouer sur le débit de l’eau, selon un déplacement de journalistes de l’AFP sur le terrain et des entretiens avec des responsables et des experts israéliens et étrangers.

Rien pour causer une crue

Les images de l’AFP, la vidéo surtout, ont valu à juste titre, à l’agence une virulente réplique sur les réseaux sociaux. Les autorités israéliennes ont démenti les informations en soulignant qu’elles avaient permis le passage à Gaza de plus de 15 pompes à eau. Le sud d’Israël a lui aussi été affecté par les inondations.

Le Wadi Gaza prend sa source dans le sud de la Cisjordanie, l’autre territoire palestinien, traverse Israël et le désert du Néguev, entre dans Gaza et se jette dans la Méditerranée. Dans sa partie israélienne, il est appelé Nahal Bessor.

Dans cette zone semi-aride, le lit est asséché le plus clair de l’année. Il se remplit et se vide spectaculairement avec les intempéries.

« Il n’y a sur le Nahal Bessor aucun barrage qu’on puisse ouvrir ou fermer, il n’y a donc rien ni pour causer, ni pour prévenir une crue », dit à l’AFP Nehemia Shahaf, chef de l’autorité du réseau hydrologique du Néguev.

« A ma connaissance, il n’y a pas de barrage du côté israélien et le terrain ne se prête pas à la construction d’un barrage », abonde le Dr Julie Trottier, spécialiste belge au Centre de recherche français à Jérusalem. Pour elle, avec les fortes précipitations, « les eaux ont monté et conflué ».

La question de l’eau suscite « beaucoup de mythes dans les Territoires palestiniens et en Israël », dit-elle.

Le débit du Nahal Bessor a atteint sous l’effet des précipitations un niveau qu’il n’avait pas eu depuis 2010, disent les experts israéliens.

« Il a beaucoup plu en une seule fois. Nous avons eu 30 à 40 mm dans tout le bassin », explique Boaz Kretschmer, un responsable de l’administration locale, « évidemment, tout ça finit à Gaza ».

Quelques jours après cet épisode, à environ 30 km du Wadi Gaza, la végétation malmenée témoigne de l’impétuosité des eaux dans le Nahal Bessor où ne coule plus qu’un mince filet d’eau.

Défauts d’infrastructure chroniques

C’est ici que se trouve ce qui semble être la seule structure sur le Nahal Bessor, un muret d’à peine un mètre de haut censé ralentir les eaux. Un petit canal en béton détourne une partie des eaux vers un réservoir pour l’irrigation, dit M. Kretschmer. Il n’y a pas de dispositif qu’on puisse activer. Quand il y a trop d’eau, elle franchit l’obstacle.

« Le seul effet que peut avoir cet ouvrage, c’est de réduire la quantité d’eau coulant vers Gaza, et pas le contraire », dit M. Shahaf.

« On n’essaie pas d’arrêter l’eau. Ce serait impossible étant donné sa puissance incroyable », dit M. Kretschmer, « on a beaucoup rêvé et fait beaucoup de plans dans le passé pour retenir l’eau et se servir de telles quantités pour sauver le Néguev. Mais toutes les tentatives pour canaliser les eaux de crue ont échoué. C’est bien simple : ce n’est pas possible ».

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