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Yémen: les humanitaires s’inquiètent vivement de l’escalade à Hodeida

Abdel Malik al-Houthi a assuré que les Houthis ne se rendront "jamais" et ne remettront pas davantage "le contrôle" de la ville à la coalition sous commandement saoudien

Les forces pro-gouvernementales yéménites soutenues par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite contre les rebelles Houthis dans la région de l'aéroport d'Hodeida, le 18 juin 2018. (Crédit : AFP/NABIL HASSAN)
Les forces pro-gouvernementales yéménites soutenues par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite contre les rebelles Houthis dans la région de l'aéroport d'Hodeida, le 18 juin 2018. (Crédit : AFP/NABIL HASSAN)

Le chef de la rébellion au Yémen a promis de ne « jamais » rendre les armes face aux forces progouvernementales qui tentent de reprendre Hodeida, ville portuaire stratégique de l’ouest où les humanitaires s’inquiètent vivement pour les civils et l’aide à une population menacée par la famine.

Amnesty International a accusé jeudi les rebelles Houthis de recourir « délibérément à la militarisation des hôpitaux » et de poser des mines qui mettent en danger les civils, tout comme les raids aériens de la coalition progouvernementale sous commandement saoudien.

L’organisation s’est en particulier inquiétée du déploiement de combattants Houthis sur le toit d’un hôpital « rempli de civils blessés », dans le quartier du 22-Mai à Hodeida même. Par ailleurs, les combats actuels ont bloqué les possibilités de s’échapper vers le sud et les rebelles « ont miné d’autres voies vers l’extérieur », a-t-elle ajouté.

Depuis 2015, des forces loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, avec l’aide de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, tentent de chasser les Houthis, soutenus par l’Iran, des vastes régions qu’ils ont conquises, dont la ville de Hodeida et la capitale Sanaa.

La reprise aux rebelles de Hodeida, sur la mer Rouge, serait stratégique car c’est par ce port que transitent trois quarts des importations et de l’aide nécessaire à la population.

Abdel Malik al-Houthi, le chef des rebelles Houthis. (Crédit : RuneAgerhus via Wikimedia Commons)

Alors que des sources militaires yéménites ont fait état d’avancées des forces progouvernementales depuis une semaine, le chef rebelle a averti mercredi que ses hommes n’abandonneraient pas Hodeida.

Abdel Malik al-Houthi a assuré que les Houthis ne se rendront « jamais » et ne remettront pas davantage « le contrôle » de la ville à la coalition sous commandement saoudien.

La cité est soumise à un pilonnage intensif et les forces loyalistes tentent d’avancer notamment en direction du port, dans le nord de la ville.

« Urgent d’agir »

Près de 40 combattants ont été tués entre mardi et mercredi dans les deux camps, ont rapporté des sources médicales. Depuis l’intensification le 1er novembre des frappes aériennes et des opérations au sol, au total près de 200 combattants ont péri.

Trente-cinq ONG ont lancé un appel à « une cessation immédiate des hostilités » au Yémen, où selon elles « 14 millions » de personnes sont « menacées par la famine ».

Un enfant souffrant de malnutrition pris en charge à l’hôpital Aslam Health Center, à Hajjah, au Yemen, le 1 octobre 2018. (Crédit : AP/Hani Mohammed)

« Plus que jamais, il est urgent d’agir », écrivent les signataires, dont la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), Action Contre la Faim et Médecins du Monde.

« Après presque quatre ans de conflit, les Yéménites ne peuvent plus attendre ». La crise humanitaire est « la conséquence directe des restrictions sévères imposées par les parties au conflit à l’accès à la nourriture, au carburant, aux importations médicales et à l’aide humanitaire », affirment ces ONG.

« Le port de Hodeida est vraiment la ligne de vie de ce pays », a expliqué à l’AFP Juliette Touma, responsable de la communication de l’Unicef au Moyen-Orient.

Impasse

Mirella Hodeib, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Yémen, a appelé « toutes les parties à épargner les civils et les infrastructures civiles ». Elle a cité en particulier l’hôpital Al-Thawra, « l’un des plus grands de la ville », très proche de la « ligne de front ».

Des organisations internationales s’inquiètent des barrages nocturnes qui empêchent les civils d’entrer ou de sortir de la ville et demandent aux belligérants de « permettre le passage en sécurité des civils qui veulent fuir ».

Depuis plusieurs mois, la coalition anti-rebelles donnait l’impression d’être dans une impasse militaire.

Photo prise le 28 septembre 2018. Un bateau de pêcheurs navigue devant le port d’Hodeida. En arrière plan, les immeubles détruits par la coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, (Crédit : AP/Hani Mohammed)

La bataille de Hodeida a lieu au moment où Washington, allié des Saoudiens, et l’ONU cherchent à relancer le processus de paix.

« Nous continuons d’exhorter toutes les parties à se réunir et à admettre qu’il n’y a pas de victoire militaire possible au Yémen », a réaffimé un porte-parole de la diplomatie américaine, Robert Palladino.

« On a dit clairement aux responsables saoudiens, émiratis et yéménites, à tous les niveaux, que la destruction d’infrastructures vitales, ou les actes contre l’acheminement d’aide humanitaire vitale et de biens commerciaux, étaient inacceptables », a-t-il ajouté.

Selon des analystes, la pression diplomatique pourrait avoir incité les Saoudiens à chercher à obtenir le maximum de gains militaires avant d’éventuelles discussions, que les Etats-Unis souhaitent voir reprendre d’ici fin novembre. En septembre, un processus de consultations prévu par l’ONU à Genève avait échoué.

Mercredi, trois pays non-membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – Pays-Bas, Suède, Pérou – ont bloqué une déclaration qu’ils jugeaient trop tiède, exigeant une vraie résolution qui traiterait non seulement « des souffrances de la population yéménite » mais aussi de la nécessité de « mettre fin au conflit » par un retour des belligérants à la table des négociations, selon un email de ces pays vu par l’AFP.

Depuis 2015, la guerre a fait quelque 10 000 morts et provoqué selon l’ONU la pire crise humanitaire au monde. Mais des responsables humanitaires estiment que le bilan réel des victimes est bien plus élevé.

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