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Une Israélo-éthiopienne fait découvrir l’injera à Harlem

Lieu fréquenté par Charlie Parker et Malcolm X, le café Tsion de Beejhy Barhany est aujourd'hui une maison aux saveurs éclectiques locales et étrangères

Beejhy Barhany a ouvert Tsion Cafe en 2014 avec son mari. (Josefin Dolsten / JTA)
Beejhy Barhany a ouvert Tsion Cafe en 2014 avec son mari. (Josefin Dolsten / JTA)

NEW YORK (JTA) – Au Tsion Café à Harlem, les visiteurs peuvent commander un injera de légumes, un pain plat éthiopien au levain garni de légumes, de lentilles et de ragoût de pois chiches. Il y a la shakshuka traditionnelle, un plat commun en Israël et au Moyen-Orient où les œufs sont cuits dans une sauce tomate copieuse. Et puis il y a les œufs brouillés aux oignons caramélisés et au saumon fumé.

L’assortiment d’ingrédients du menu – aussi aléatoire que cela puisse paraître – raconte l’histoire de la propriétaire du restaurant, Beejhy Barhany, une Juive éthiopienne qui a déménagé ici après avoir vécu en Israël.

Le Tsion Cafe, situé dans le quartier historique de Sugar Hill de Manhattan, représente toutes les identités de Barhany.

« C’est une célébration des cultures [éthiopienne, israélienne et américaine], alors nous organisons et fêtons tout ensemble », déclare t-elle au JTA.

Barhany, 42 ans, veut aussi que le restaurant serve de centre culturel. Sur le mur on trouve des peintures d’artistes locaux et, le week-end, des groupes jouent du jazz, clin d’œil au rôle influent du quartier pendant la Renaissance de Harlem, lorsque des artistes, musiciens et écrivains afro-américains convergaient à Harlem.

Le lieu du restaurant est historique en soi. Auparavant, il abritait le Jimmy’s Chicken Shack, célèbre restaurant et lieu de rencontre de Malcolm X et du comédien John Elroy Sanford, également connu sous le nom de Redd Foxx, et où le saxophoniste jazz Charlie Parker Jr. faisait la plonge avant de jouer.

« Beaucoup de personnes inspirantes sont passées ici, et nous sommes très heureux de perpétuer cet endroit avec de la musique et en célébrant la diversité au sein de Harlem », a déclaré Barhany.

Barhany est venue à New York en 2000. Elle était tombée amoureuse de la ville, lors d’un voyage, après avoir terminé son service militaire israélien.

https://www.facebook.com/JTAnews/videos/1628981090473526/

Dans cette ville, elle se sent moins définie par sa race ou son statut d’immigrée qu’en Israël.

« Ici vous pouvez être qui vous êtes et personne ne sait qui je suis. Je suis éthiopienne, je suis new-yorkaise, je suis ici, mais je ne suis pas catégorisée comme éthiopienne, russe, yéménite », a-t-elle dit, faisant référence aux groupes d’immigrés en Israël qui ont été confrontés à divers types de discrimination.

Barhany avait 4 ans quand sa famille a quitté l’Ethiopie pour Israël. Le voyage a duré trois ans, ils sont passés par le Soudan, le Kenya, l’Ouganda et l’Europe. Ils sont arrivés dans l’Etat juif en 1983, au début de la migration éthiopienne.

En Israël, la famille a d’abord vécu dans un centre d’intégration des immigrants à Pardes Hana, dans le nord du pays, avant de déménager dans la ville d’Ashkelon. À 13 ans, Barhany a décidé de déménager dans un kibboutz, où elle a vécu jusqu’à ses 18 ans avant de rejoindre l’armée.

Des Israéliens éthiopiens manifestent à Tel-Aviv contre la violence et le racisme à l’encontre des Israéliens d’origine éthiopienne, 18 mai 2015. (Tomer Neuberg / Flash90)

Barhany conteste ce qu’elle considère comme un récit commun mais déformé : « les Juifs éthiopiens étaient pauvres et souffraient avant de s’installer en Israël ». Elle a dit que sa famille a choisi de quitter l’Ethiopie à cause du désir de longue date de retourner vivre dans la patrie juive.

« Nous avons volontairement quitté l’Ethiopie parce que nous voulions être en Israël », a-t-elle dit. « Nous avions notre terre, nous avions nos propriétés, nous ne mourions pas de faim ou quelque chose comme ça. Nous nous débrouillions très bien. »

Barhany a ouvert le Café Tsion en 2014 avec son mari, Padmore John, originaire de l’île des Caraïbes de la Dominique. Ils voulaient créer un restaurant qui proposait à la fois une nourriture saine et une culture.

« Je pense qu’il est important de manger des aliments sains, de bons produits, et je voulais un peu de culture », a déclaré Barhany.

Les Israéliens apprennent comment faire de l’injera éthiopien dans le cadre des Open Days, une nouvelle initiative basée à Jérusalem (Courtesy Open Holidays)

Elle voudrait que le Café Tsion serve de lieu de rencontre.

« Mon plus grand souhait est que les gens de tous horizons viennent et discutent, dialoguent, et soient plus ouverts d’esprit, malgré la situation politique dans laquelle nous nous trouvons, pour être plus ouverts et nous accueillir les uns les autres, » dit-elle.

Barhany est également le fondateur de Beta Israel d’Amérique du Nord, un groupe pour les Juifs éthiopiens. Elle a fondé le groupe en 2000, afin qu’elle puisse se réunir avec d’autres ayant partagé son expérience. Elle estime qu’environ 1 000 Juifs éthiopiens vivent dans la région de New York.

« Je n’avais personne à qui me confier, alors j’ai dit:« Laissez-moi créer ce lieu, ainsi ceux qui viennent seront aidés », a-t-elle dit.

L’organisation accueille le festival annuel du film de Sheba, dont c’est la 15e édition et qui met en lumière les expériences des Juifs africains.

Des membres de la communauté juive éthiopienne en Israël prennent part à une prière de la fête de Sigd sur la promenade Armon Hanatziv surplombant Jérusalem le 16 novembre 2017. (Hadas Parush / Flash90)

Ses deux enfants, une fille de 12 ans et un garçon de 8 ans, font partie de la communauté juive éthiopienne et d’autres communautés.

« Ils sont éthiopiens, israéliens, américains, caraïbéens », a-t-elle dit.

Barhany a dit qu’à Harlem, elle pouvait honorer toutes les composantes de son identité – et les incorporer dans les plats au Café Tsion.

« Je suis fière d’être éthiopienne, fière d’être Juive, fière d’être une femme noire vivant à Harlem, tout cela fait partie de moi », a-t-elle déclaré.

« Je célèbre tout ça. »

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