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Colère des Juifs alors que la Pologne veut limiter l’abattage casher

L'exportation de la viande serait aussi concernée par la loi, ce qui toucherait les approvisionnements menés à travers toute l'Europe comme en Israël

Illustration : Viande casher abattue en Pologne et portant le symbole du rabbinat de Varsovie (Crédit :  JTA)
Illustration : Viande casher abattue en Pologne et portant le symbole du rabbinat de Varsovie (Crédit : JTA)

Dans un contexte d’indignation continue de la part des organisations juives et du gouvernement israélien concernant une loi récemment adoptée qui rend passible de sanctions l’incrimination de la nation polonaise dans les atrocités commises pendant la Shoah, le parti polonais au pouvoir a proposé un projet de loi qui imposerait de sévères restrictions à l’abattage casher dans le pays comme aux exportations de viande issue de l’utilisation de cette méthode, a fait savoir lundi un communiqué de l’Association juive européenne.

Ce projet de 48 pages sur les droits des animaux ne rendrait pas totalement hors-la-loi l’abattage rituel des animaux – interdit en Pologne en 2013 mais ré-autorisé par un jugement émis par la haute-cour en 2014 – mais il imposerait des limites significatives à la pratique et des « restrictions sur les exportations de viande casher depuis la Pologne, ce qui affecterait une très grande partie des communautés juives d’Europe », a ajouté l’AJE.

Une fermeture de l’industrie de la viande casher polonaise impacterait les communautés juives à travers toute l’Europe ainsi qu’en Israël, qui importe de la viande depuis ce pays.

Le gouvernement polonais veut que cette loi consacrée aux droits des animaux soit débattue cette semaine, a fait savoir l’association.

Elle interdirait l’abattage d’un animal lorsque ce dernier se trouve « dans un état qui n’est pas naturel », à savoir s’il ne se tient pas debout. Elle imposerait une peine de prison de quatre ans aux contrevenants.

Rabbi Menachem Margolin (Crédit : Autorisation de l’European Jewish Association)

Ce qui « rend très difficile de procéder à un abattage casher en raison de certaines lois de la casheroute qui interdisent d’appliquer une pression sur le couteau pour protéger l’animal d’une souffrance non-nécessaire », a estimé le président de l’association, le rabbin Menachem Margolin.

« Empêcher cette pression n’est pas possible lorsque l’animal est levé et que sa tête se penche lourdement sur le couteau », a-t-il dit.

Les opposants à l’abattage rituel des animaux affirment que les méthodes casher et halal sont cruelles, ce que démentent les partisans de la pratique. Dans le judaïsme comme dans l’islam, les animaux doivent être conscients lors de leur égorgement, la consommation de leur viande n’étant pas autorisés le cas échéant pour les pratiquants de ces deux confessions. Le judaïsme présente un nombre plus élevé de restrictions que l’islam sur l’individu autorisé à pratiquer l’abattage et les moyens utilisés pour ce faire.

Margolin a estimé que l’interdiction de l’abattage rituel auraient un impact sur les droits fondamentaux de la communauté juive.

« Ces restrictions imposées à la viande casher sont en contradiction complète avec le principe de liberté de religion de l’Union européenne », a-t-il dit. « J’appelle le gouvernement polonais à ne pas adopter cette loi scandaleuse et à prendre en considération le fait que la confiance placée par les Juifs dans les responsables polonais est en train de se détériorer. Je ne veux pas imaginer ce que sera la prochaine étape après la législation sur l’Holocauste et les limites placées à l’abattage rituel dans le pays ».

Margolin a vivement recommandé au gouvernement israélien d’inclure le changement de ce projet de loi lors des discussions entre les deux pays au sujet de la législation sur la Shoah.

Le quotidien Yedioth Ahronoth a fait savoir lundi que la fin de l’abattage casher en Pologne pourrait toucher le marché de la viande israélien où des produits polonais sont présentés à la vente. Si la production polonaise devait s’arrêter, il pourrait y avoir une hausse des prix en Israël, a averti le journal.

La loi dite sur l’Holocauste, qui a été signée la semaine dernière par le président Andrzej Duda mais qui doit encore recevoir l’approbation finale de la cour constitutionnelle du pays, a entraîné une crise diplomatique avec Israël.

Les sénateurs assistent à une séance de nuit au Sénat polonais à Varsovie, le 1er février 2018 (Crédit : PAP / Radek Pietruszka / AFP)

Jérusalem dit que la législation, qui rend passible de sanction pénale l’incrimination de la nation ou de l’état polonais dans les crimes de l’Holocauste, inhibera la liberté d’expression sur la Shoah. Les Etats-Unis se sont également fortement opposés à cette législation, disant qu’elle pourrait nuire aux liens stratégiques entretenus par la Pologne avec Israël et les Etats-Unis.

Le gouvernement polonais a indiqué que l’objectif de cette loi est d’empêcher les gens de décrire de manière erronée les camps de la mort nazis comme Auschwitz-Birkenau comme étant polonais simplement parce qu’ils auraient été établis sur le territoire national.

En Israël, des survivants de la Shoah et d’autres ayant des racines en Pologne craignent que le texte ne permette au gouvernement de blanchir le rôle tenu par certains Polonais dans le meurtre des Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale.

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